Kitap 1
Les Péloponésiens, voulant secourir les Éginètes, leur firent passer trois cents hoplites, qui avaient servi comme auxiliaires des Épidauriens et des Corinthiens. En même temps, les Corinthiens occupèrent les hauteurs de la GéranieLa Géranie, montagne faisant partie de la chaîne des monts Onéens, qui traversent l’isthme de Corinthe dans toute sa largeur en Mégaride. De Corinthe à Mégare il y a deux chemins, presque aussi mauvais l’un que l’autre : le premier traverse les défilés de la Géranie au centre de l’isthme, en passant par le village de Tripodiscos (aujourd’hui Dervenia) : c’était la route militaire ; le second n’est qu’un étroit sentier le long des roches Scironiennes, au bord du golfe Saronique (aujourd’hui Kaki Skala). et descendirent en Mégaride avec leurs alliés ; ils s’imaginaient que les Athéniens, dont les troupes étaient en partie à Égine, en partie en Égypte, seraient dans l’impossibilité de secourir Mégare, ou que du moins ils lèveraient le siège d’Égine. Les Athéniens ne rappelèrent point leur armée d’Égine; mais les vieillards et les jeunes gens restés dans la ville se portèrent à Mégare, sous la conduite de Myronidès. La bataille qu’ils livrèrent aux Corinthiens fut indécise, et les deux partis se séparèrent, sans que ni l’un ni l’autre s’estimât vaincu. Les Athéniens, qui avaient eu plutôt l’avantage, dressèrent un trophée après la retraite des Corinthiens. Ceux-ci, taxés de lâcheté par leurs vieillards restés à Corinthe, se préparèrent pendant douze jours ; après quoi ils revinrent et se mirent, comme vainqueurs, à ériger un trophée en face de celui des Athéniens; mais ceux-ci accoururent de Mégare, massacrèrent ceux qui élevaient le trophée, en vinrent aux mains avec les autres et les mirent en fuite.
Les Corinthiens vaincus se retiraient ; un corps assez considérable d’entre eux, serré de près, manqua la route et alla donner dans une propriété particulière, entourée d’un grand fossé et sans issue. Les Athéniens s’en aperçurent, bloquèrent l’entrée avec leurs hoplites, répandirent à l’entour leurs troupes légères, et tuèrent à coups de pierres tous ceux qui s’y étaient engagés. Ce fut pour les Corinthiens une perte très-sensible. Le gros de leur armée regagna ses foyers.
Vers la même époque, les Athéniens commencèrent la construction des longs murs qui vont de la ville à la mer, l’un aboutissant au Phalère, l’autre au Pirée.
Les Phocéens avaient fait une expédition dans la Doride Canton montueux, situé au N. de la Phocide et au S. du mont Œta. C’est de là que les Doriens étaient anciennement partis pour marcher à la conquête du Péloponèse. 11 renfermait quatre villes, d’où lui venait le nom de Tétrapnle dorienne. La quatrième, que Thucydide ne nomme pas, était Pindos. , mère-patrie des Lacédémoniens, contre Bœon, Cytinion et Ërinéos,etpris une de ces bourgades. Les Lacédémoniens, sus la conduite de Nicomédès, fils de Cléombrotos, tuteur du jeune roi Plistoanax , fils de Pausanias, marchèrent au secours des Doriens avec quinze cents de leurs hoplites et dix mille alliés. Ils forcèrent les Phocéens à rendre par capitulation la ville qu’ils avaient prise ; après quoi ils se disposèrent à la retraite ; mais ils ne savaient comment l'effectuer. Par mer, à travers le golfe de CrisaC’est ainsi que l’auteur appelle toujours le golfe de Corinthe. Crisa était une petite ville maritime, située au S. de Delphes. Les Athéniens tenaient en tout temps une croisière à Naupacte. , cela n’était guère possible; car la flotte athénienne, en croisière dans ces parages, ne manquerait pas de s’y opposer ; par la Géranie, le danger ne leur paraissait pas moindre, les Athéniens étant maîtres de Mégare et de Pagæ; en effet, la route de la Géranie est difficile, et elle était soigneusement gardée par les Athéniens, qu’on savait décidés à refuser le passage. Ils résolurent donc d’attendre en Béotie une occasion favorable. Ajoutez à cela qu’ils étaient sollicités sous main par quelques citoyens d’Athènes, qui espéraient abolir la démocratie et arrêter la construction des longs mursL’aristocratie athénienne, qui s’appuyait sur les Péloponésiens, avait intérêt à ce que ceux-ci pussent, dans un moment donné, investir Athènes et la séparer de la mer. La construction des longs murs avait précisément pour but de leur ôter cette possibilité. . Les Athéniens, voyant leur embarras et soupçonnant leurs intentions hostiles à la démocratie, se levèrent en masse et marchèrent contre eux avec mille Argiens et les contingents des autres alliés, en tout quatorze mille hommes. Il vint aussi, en vertu du traité, un corps de cavalerie thessalienne, qui pendant l’action passa aux Lacédémoniens.
La rencontre eut lieu à Tanagra en Béotie ; elle fut sanglante ; les Lacédémoniens et leurs alliés eurent le dessus. À la suite de cette victoire, les Lacédémoniens entrèrent en Mégaride, abattirent les arbres, et s’en retournèrent chez eux par la Géranie et par l'Isthme. Soixante-deux jours après cette bataille, les Athéniens, commandés par Myronidès, marchèrent contre les Béotiens, les défirent aux OEnophytesVille de Béotie, située entre Oropos et Tanagra, sur la rive gauche de l’Asopos. , et devinrent maîtres de la Béotie, ainsi que de la Phocide. Ils démantelèrent Tanagra, prirent pour otages- cent des plus riches Locriens-Opontiens, et achevèrent à Athènes la construction des longs murs.
Les Éginètes capitulèrent aussi avec les Athéniens ; ils rasèrent leurs murailles, livrèrent leurs vaisseaux et s’imposèrent un tribut pour l’avenir.v
Les Athéniens, sous les ordres de Tolmidès,fils de Tolméos, firent avec leur flotte le tour du Péloponèse ; ils brûlèrent le chantier des LacédémoniensGythion, au fônd du golffe de Laconie. Cette place était le port militaire des Lacédémoniens. Elle avait un bassin creusé de main d’homme, des arsenaux et une citadelle. , prirent sur les Corinthiens la ville de Chalcisil ne s’agit pas de Chalcis en Eubée, place appartenant depuis longtemps aux Athéniens; mais d’une autre ville du même nom, située en Êtolie, à l’embouchure de FÉvénos (II, lxxxiti). , et, dans une descente, battirent les Sicyoniens.
Cependant ceux des Athéniens et de leurs alliés qui étaient en Égypte s’y maintenaient encore ; mais cette guerre fut mêlée pour eux de chances diverses. D’abord ils avaient été les maîtres du pays, si bien que le roi Artaxerxès avait envoyé à Lacédémone le Perse Mégabaze avec de l’argent, pour engager les Péloponésiens à faire invasion dans l’Attique, et forcer ainsi les Athéniens à .évacuer l’Égypte. Mais, comme l’affaire n’avançait pas et que les fonds se dépensaient en pure perte, Mégabaze s’en retourna en Asie avec le reste de son argent. Alors le roi envoya en Égypte le Perse Mégabyze, fils de Zopyre, avec une grande armée. Celui-ci arriva par terre, défit en bataille les Égyptiens et leurs alliés, chassa de Memphis les Grecs, et finit par les enfermer dans l’île de ProsopitisIle continentale, faisant partie du Delta, et mentionnée par Hérodote (II, xli). Elle était probablement comprise entre les bouches Canopique et Sébennytique et un canal que les Perses desséchèrent. Ce dernier devait suivre à peu près la direction du canal actuel de Mahmoud. , où il les tint assiégés pendant dix-huit mois, jusqu’à ce qu’ayant vidé le canal et détourné l'eau,Nil mit les vaisseaux à sec, changea en terre ferme la majeure partie dç l’île, y passa à pied et s’en rendit maître.
Ainsi furent ruinées les affaires des Grecs, après six ans de guerre. Les faibles restes de cette nombreuse armée se sauvèrent à Cyrène à travers la Libye : la plupart des soldats périrent, et l’Égypte retomba sous la domination du roi, à l’exception des marais où régnait Amyrtée. Celui-ci échappa à toutes les poursuites, grâce à la vaste étendue de ces marais et au courage des habitants, les plus belliqueux des Égyptiens. Pour Inaros, ce roi des Libyens, l’instigateur des troubles de l’Égypte, il fut pris par trahison et empalé.
Cependant cinquante trirèmes d’Athènes et des alliés» envoyées en Égypte pour relever les premières, abordèrent à la bouche Mendésienne, sans rien savoir de ce qui s’était passé. Assaillies simultanémeot par dés troupes de terre et par la flotte phénicienne, elles furent détruites pour la plupart ; il n’en échappa qu’un petit nombre. Telle fut la fin de la grande expédition d’Égypte, entreprise par les Athéniens et par leurs alliés.
Vers là même époque, Oreste fils d’Échécratidas, chassé de la Thessalie dont il était roiLaThessalie ne formait point un royaume unique, mais chaque ville avait son gouvernement particulier. Oreste ne devait donc être roi que de Pharsale. Hérodote (VIII, Lxm) qualifie également de rois de Thessalie les Alévades de Larisse. , persuada aux Athéniens de l’y rétablir. Ceux-ci, prenant avec eux leurs alliés de Béotie et de Phocide, marchèrent contre Pharsale en Thessalie; mais, contenus par la cavalerie thessalienne, ils ne purent se rendre maîtres que du terrain qu’ils occupaient, sans s’éloigner de leur camp. Ils ne prirent point la ville ; et, voyant s’évanouir tous leurs projets, ils s’en retournèrent comme ils étaient venus, et ramenèrent Oreste avec eux.
Peu de temps après, mille Athéniens s’embarquèrent à Pa-gæ, place qui leur appartenait alors, et suivirent la côte jusqu’à Sicyone, sous la conduite de Périclès fils de Xanthippos. Ils descendirent à terre, défirent ceux des Sicyonieus qui voulurent leur résister ; puis, prenant un renfort d’Acbéens, ils passèrent sut la rive opposée et allèrent assiéger OEni^des en AcarnanieVille maritime d’Acarnanie, à l’embouchure de l’Âchéloos. Elle était indépendante et fréquemment en guerre avec les Achéens, en faveur desquels les Athéniens paraissent avoir fait cette expédition. ; mais ils ne réussirent pàs à s’en emparer, et revinrent à Athènes.
Trois ans après ces événements L’an 450 av. J. C., une trêve de cinq années fut conclue entre les Péloponésiens et les Athéniens. Ceux-ci, se trouvant en paix avec les Grecs, portèrent leurs armes en Cypre, avec deux cents vaisseaux d’Athènes et des alliés, sous le commandement de Cimon. Soixante bâtiments furent détachés de cette flotte pour aller en Égypte, à la demande d’Amyrtée, roi des marais. Le reste assiégea Cition ; mais la mort de Cimon et la famine qui survint forcèrent les Athéniens à lever le siége. En passant à la hauteur de Salamine en Cypre, ils eurent à combattre sur mer et sur terre les Phéniciens et les Ciliciens. Vainqueurs dans ces deux rencontres, ils regagnèrent leurs foyers. Les vaisseaux envoyés en Égypte rentrèrent également.
Les Lacédémoniens firent ensuite la guerre dite sacrée. Maîtres du temple de Delphes, ils le remirent aux Delphiens ; mais, après leur retraite, une armée athénienne s’en empara de nouveau et le rendit aux PhocéensLa haute surveillance de l’oracle de Delphes appartenait aux Amphictyons; mais, dans l’intervalle des sessions de cette assemblée, l’administration des affaires courantes, la justice criminelle et la garde du temple étaient du ressort du gouvernement local. Les Delphiens avaient un régime oligarchique, en harmonie avec celui de Lacédémone, tandis que les Phocéens, alors alliés d’Athènes, se gouvernaient démocratiquement. La ville de Delphes, bien que comprise dans les limites générales de la Phocide, était indépendante des autres cités phocéennes, et faisait bande à part. .
A quelque temps de là, eut lieu l’expédition des Athé niens en Béotie. Les exilés béotiens occupaient Orchomène, Chéronée et d'autres places de ce pays. Les Athéniens, avec mille de leurs hoplites et les contingents des alliés, marchèrent contre ces villes ennemies, sous la conduite de Tolmidès, fils de Tolméos. Ils prirent Chéronée, y mirent garnison et se retirèrent. Ils étaient en chemin et sur le territoire de Coronée, lorsque les exilés béotiens d’Orchomène, soutenus par des Locriens, par des réfugiés eubéens et par tous ceux qui étaient de la même opinion C’est-à-dire de l’opinion aristocratique, la présence des Athéniens ayant momentanément donné gain de cause au parti populaire, et occasionné l’exil des hommes les plus marquants du parti opposé. , les attaquèrent, les mirent en fuite, les tuèrent ou les prirent. Pour obtenir qu’on leur rendît leurs prisonniers, les Athéniens firent la paix et s’engagèrent à évacuer la Béotie. Les exilés béotiens rentrèrent donc chez eux, et le pays recouvra son indépendance.
Peu de temps après, l’Eubée se souleva contre les AthéniensCette révolte, ainsi que celle de Mégare, fut une conséquence naturelle de la perte de la Béotie par les Athéniens. . Déjà Périclès y avait conduit une armée athénienne, lorsqu’il apprit que Mégare était révoltée, que les Péloponé-siens menaçaient l’Attique, enfin que la garnison athénienne avait été massacrée par les Mégariens, excepté ce qui avait pu se réfugier à Niséa. Les Mégariens ne s’étaient portés à la révolte qu’après s’être assuré l’appui de Corinthe, de Sicyone et d'fî-pidaure. Périclès se hâta de ramener ses troupes de l’Eubée. Les Péloponésiens, commandés par Plistoanax, fils de Pausanias et roi de Lacédémone, envahirent l’Attique ; ils s’avancèrent jusqu’à Eleusis et à la plaine de Thria, qu’ils ravagèrent; mais ils ne poussèrent pas plus loin et opérèrent leur retraite. Alors les Athéniens, conduits par Périclès, repassèrent dans l’Eubée et la soumirent en entier. Ils reçurent à composition la plupart des villes; mais ils expulsèrent les HestiéensHestiéa ou Histiéa était une ville du N. de l’Eubée, dans un canton extrêmement fertile. Depuis que les Athéniens s’en furent emparés, en y établissant une colonie de deux mille de leurs concitoyens, elle prit le nom d’Oréos qu’elle a toujours conservé. , dont ils confisquèrent le territoireC’est-à-dire qu’ils se mirent en possession de leurs terres, et les partagèrent au sort entre des colons athéniens. Cette espèce de colonisation s’appelait κληρουχία et les colons κληροῦχοι. Voyez II, xxvn; III, L, note 1. .
Immédiatement après leur retour d’Eubée, ils firent avec les Lacédémoniens et leurs alliés une paix de trente ans L’an 445 av. J. C.. Ils rendirent les portions du Péloponèse qu’ils occupaient, savoir Niséa, Pagæ, Trézène et l’Achaïe On a vu au chap. III que les Achéens étaient alliés des Athéniens; mais, pour ce qui est de Trézène, Thucydide ni aucun autre auteur ne dit à quelle occasion elle était entrée dans l’alliance d’Athènes. La môme énumération se lit au liv. IV, ch. xxi. .
Six ans plus tard, il s’éleva entre Samos et Milet une guerre au sujet de Priène. Les Milésiens, qui avaient le dessous, vinrent à Athènes, jetant feu et flammes contre les Samiens. Ils étaiçnt secondés par quelques particuliers de Samos qui désiraient une révolution. En conséquence les Athéniens firent voile pour Samos avec quarante vaisseaux et y établirent la démocratie ; ils prirent pour otages cinquante enfants et autant d’hommes qu’ils déposèrent à Lemnos, mirent garnison à Samos et se retirèrent. Alors un certain nombre de Samiens, qui avaient émigré sur le continent, se liguèrent avec les plus puissants de la ville et avec Pissouthnès fils d’Hystaspe, gouverneur de Sardes; ils réunirent sept cents auxiliaires et passèrent de nuit à Samos. D’abord ils se mirent en insurrection contre le parti démocratique, dont ils triomphèrent presque entièrement ; ensuite ils enlevèrent de Lemnos leurs otages et se déclarèrent en état de révolte. Ils livrèrent à Pissouthnès la garnison athénienne, ainsi que les fonctionnaires établis dans leur ville Apparemment des employés civils que les Athéniens avaient placés à Sames. , et préparèrent aussitôt une expédition contre Milet. La ville de Byzance était complice de cette défection.
A cette nouvelle, les Athéniens firent voile pour Samos avec soixante vaisseaux ; ils en détachèrent seize, les uns vers la Carie pour observer la flotte phénicienne, les autres vers Chios et Lesbos pour demander du seceurs. Ce fut donc avec quarante-quatre vaisseaux que les Athéniens, commandés par Périclès et neuf autres généraux, livrèrent bataille devant l’île de TragiePetite île au sud de Samos et à l’entrée du grand golfe dé Milet. à soixante-dix vaisseaux samiens, dont vingt portaient des soldats Bâtiments de transport, appropriés à l’embarquement des troupes de terre, comme on en avait aussi pour le transport des chevaux. C’était sans doute l’armée expéditionnaire dirigée par les Samiens contre Milet. . Toute cette flotte revenait de 'Milet. Les Athéniens furent vainqueurs. Ayant ensuite reçu un renfort de quarante vaisseaux athéniens et de vingt-cinq de Chios ou de Lesbos, ils descendirent à terre ; et, après un nouvel avantage, ils cernèrent la ville au moyen de trois murs Cela doit s’entendre de trois forts élevés contre les trois côtés de la ville qui regardent la terre, et non d’une muraille triple, qui eût été sans objet. en même temps qu’ils la bloquaient par mer. Sur l’avis que là flotte phénicienne approchait, Périclès détacha de la croisière soixante vaisseaux, avec lesquels il se porta rapidement vers Caunos et la Carie ; il savait que Stésagoras et d’autres Samiens étaient partis avec cinq vaisseaux pour la même destination.
Sur ces entrefaites, les Samiens, étant sortis du port à l’improviste, fondirent sur la croisière athénienne que rien ne protégeaitLa flotte athénienne n’était protégée par aucune estacade, comme on avait coutume d’en planter devant les stations maritimes pour les mettre à l’abri d’un coup de main. , et, après avoir détruit les vaisseaux de garde, ils défirent le reste de la flotte qui vint au-devant d’eux. Durant quatorze jours, ils furent les maîtres de la mer qui les avoisine, et ils en profitèrent pour faire entrer et sortir tout ce qu’ils voulurent; mais au retour de Périclès, ils furent de nouveau bloqués par la flotte. Ensuite il arriva d’Athènes quarante vaisseaux de renfort, commandés par ThucydideH ne s’agit pas ici de l’historien, qui a soin de se désigner plus exactement lui-même, lorsqu’il figure comme général, et qui d’ailleurs eût été beaucoup trop jeune pour commander alors. Peut-être indique-t-il Thucydide fils de Mélésias, le célèbre adversaire de Périclès. , Hagnon et Phor-mion, vingt autres commandés par Tlépolémos et Anticlès,enfin trente de Chios et de Lesbos. Les Samiens essayèrent encore d’une courte action navale ; mais sentant l’impossibilité de tenir davantage, ils se rendirent après un siège de neuf mois. Ils convinrent de raser leur muraille, de donner des otages, de livrer leurs vaisseàux et de rembourser les frais de la guerre à des époques déterminées. Les Byzantins capitulèrent de même, à condition de demeurer tributaires comme auparavant.
Peu d’années s’écoulèrent ensuite jusqu’aux événements que j’ai racontés plus haut, savoir l’affaire de Corcyre, ; celle de Potidée, et tout ce qui servit d’avant-coureur à la guerre actuelle. Cette lutte des Grecs, soit entre eux soit avec les Barbares, occupa une période de cinquante ans, à dater de la retraite de Xerxès jusqu’au commencement de la guerre du PéloponèseA la rigueur, il ne s’écoula que quarante-neuf ans entré la fuite de Xerxès, 480, et le commencement de la guerre du Péloponèse, 331 av. J. C. Mais d’une date à une autre, les Grecs avaient coutume de compter le point de départ et celui d’arrivée. Il n’y a donc rien à changer ni à l’expression ni à la chronologie. . Durant cet intervalle, les Athéniens affermirent leur domination et parvinrent au plus haut degré de puissance. Les Lacédémoniens le virent et ne s’y opposèrent pas ; à pârt quelques efforts passagers, ils se tinrent généralement dans l’inaction. Toujours lents à prendre les armes, à moins d’y être forcés, ils étaient d’ailleurs entravés par des guerres intestines; mais enfin les progrès incessants de la puissance athénienne, qui déjà touchait à leurs alliés, les poussèrent à bout ; ils crurent qu’il fallait réunir toutes leurs forces, afin de renverser, s’il se pouvait, cet empire, et ils se résolurent à la guerre.
Les Lacédémoniens eux-mêmes avaient déjà décidé qu'ils regardaient la paix comme rompue et les Athéniens comme coupables. Ils avaient envoyé à l’oracle de Delphes pour demander si l’issue de cette guerre leur serait favorable. Le dieu leur avait répondu, à ce qu’on prétend, que s’ils combattaient à outrance, ils auraient la victoire, et que lui-même les seconderait, qu’ils l’en priassent ou non.
Us résolurent de convoquer une seconde fois leurs alliés et de les consulter sur l’opportunité de la guerre. Les députés des villes alliées étant donc réunis et l’assemblée constituée, chacun d’eux énonça son avis. La plupart se plaignirent des Athéniens et se prononcèrent pour la guerre. Les Corinthiens n’avaient pas attendu jusqu’alors pour solliciter chaque État en particulier de voter dans ce sens, à cause des craintes qu’ils avaient au sujet de Potidée ; en cette occasion ils s’avancèrent les derniers et s’exprimèrent ainsi :
« Nous ne pouvons plus reprocher aux Lacédémoniens de n’avoir pas eux-mêmes décrété la guerre, puisqu’ils nous ont rassemblés dans ce but. Tel est le devoir d’une nation qui jouit do la suprématie. Tout en respectant chez elle l’égalité, il faut qu’elle soit la première à veiller pour les intérêts communs, de même qu’elle est la première à recevoir tous les hommages.
« Ceux d’entre nous qui ont eu quelque démêlé avec les Athéniens n’ont pas besoin d’avertissement pour se tenir en garde contre eux. Quant à ceux qui habitent dans l’intérieur et loin des communications maritimes, ils peuvent être certains que, s’ils ne soutiennent pas les habitants des côtes, ils rencontreront plus de difficultés, soit pour l’exportation de leurs denrées, soit pour l’échange des produits que la mer fournit au continent. Ils jugeraient donc, bien mal de la question proposée, s’ils croyaient qu’elle ne les intéresse pas; ils doivent songer que, s’ils abandonnent les villes maritimes, le danger s’étendra jusqu’à eux, et qu’en ce moment ils ne délibèrent pas moins sur leur cause que sur la nôtre.
« Pourquoi donc appréhenderaient-ils de faire succéder la guerre à la paix? Sans doute il est de la prudence de rester en repos tant que nul ne vous outrage ; mais, quand on les offense, les .hommes de cœur n’hésitent pas à courir aux armes, sauf à les déposer en temps opportun ; ils ne se laissent ni éblouir par les triomphes, ni charmer par les douceurs de la paix au point de dévorer une injure. Tel qui redoute la guerre par amour du repos risque de se voir bientôt ravir, par l’effet de son inertie, la jouissance de ce bien-être qu’il craint de perdre ; tel au contraire qui s’acharne à la guerre à cause de ses succès, obéit sans s’en douter à l’entraînement d’une confiance aveugle. Souvent des entreprises mal conçues réussissent grâce à l’imprévoyance des ennemis ; souvent aussi celles qui semblaient le mieux concertées n’aboutissent qu’à un résultat désastreux. C’est que personne ne met à poursuivre ses projets la même ardeur qu’à les former; on se décide avec sécurité ; puis le moment d’agir une fois venu, on est retenu par la crainte.
« Quant à nous, c’est parce qu’on nous offense, c’est pour redresser dejustes griefs, qu'aujourd’hui nous tirons l’épée; quand nous nous serons vengés des Athéniens, il sera temps de la remettre au fourreau.
« Plusieurs motifs nous promettent la victoire. Nous avons pour nous le nombre, l’expérience militaire, l’esprit de subordination. Quant à la marine qui fait leur force, nous en formerons une, soit avec nos finances particulières, soit avec les trésors de Delphes et d’Olympie. Au moyen d’un empruntIl n’est pas question d’un emprunt tel que nous l’entendons aujourd’hui. Le crédit public était alors chose inconnue. Mais, en cas de nécessité, l’État pouvait emprunter les trésors des temples nationaux, en s’engageant à les restituer. Plusieurs inscriptions présentent des reconnaissances d’objets précieux ainsi empruntés aux temples. , il nous sera facile de débaucher par l’appât d’une solde plus forte leurs matelots étrangers. La puissance des Athéniens est mercenaire bien plus que nationale ; la nôtre, qui repose sur la population plutôt que sur l’argent, est moins exposée à ce danger. Une seule victoire navale suffit, selon toute probabilité, pour les abattre; si leur résistance se prolonge, nous aurons plus de temps pour nous exercer à la marine ; et une fois leurs égaux en science, notis les surpasserons apparemment en valeur ; car l’avantage que nous tenons de la nature, ils ne sauraient l’acquérir par l’instruction. Cette supériorité qu’ils doivent à l’étude, il nous faut par l’exercice la réduire à néant. L’argent nécessaire dans ce but, nous le fournirons; autrement il serait étrange qu’on vît leurs alliés ne pas se lasser de payer pour leur propre asservissement, tandis que nous refuserions de contribuer pour nous venger de nos ennemis, pour nous sauver nous-mêmes, enfin pour éviter d’être dépouillés de nos biens et engloutis avec eux dans un même naufrage.
« Nous avons encore d’autres armes à opposer aux Athéniens, par exemple la défection de leurs alliés, excellent moyen de tarir les revenus qui alimentent leur puissance; la construction de forts sur leur territoire, et diverses mesures qu’on ne saurait préciser dès à présent ; car la guerre ne suit pas une marche déterminée; elle se fournit à elle-même des ressources nouvelles d’après les circonstances. L’entreprendre avec calme, c’est se ménager le succès ; s’y jeter tête baissée, c’est courir au-devant des revers.
« S’il ne s’agissait pour nous que de contestations de détail avec nos égaux pour des limites territoriales, on pourrait s’y résigner; mais aujourd’hui nous avons affaire aux Athéniens, qui sont à même de lutter contre nos forces réunies, à plus forte raison contre chacun de nous isolément. Si donc, nations et villes, nous ne concentrons pas contre eux tous les efforts, nous trouvant désunis ils nous terrasseront sans peine. Or, sachez-le bien, quelque dur qu’il soit de l’entendre : pour nous, la défaite c’est l’esclavage. Et quand ce ne serait qu’un simple doute, il suffirait de l’énoncer pour couvrir de confusion le Péloponèse, à la pensée que tant et tant de villes auraient à subir l,e joug d’une seule. Nous semblerions avoir mérité une telle ignominie ou la souffrir par lâcheté. Ce serait nous montrer moins courageux que nos pères, qui affranchirent la Grèce, au lieu que nous n’assurons pas même notre propre liberté. Nous laissons une ville s’ériger en tyran au milieu de nous, et nous avons la prétention de renverser les tyrannies locales! Comment une pareille conduite échapperait-elle au triple et sanglant reproché d’ineptie, de mollesse d’imprévoyance? C’est parce que vous n’avez pas évité ces écueils, que vous vous laissez aller à ce dédain superbe qui a déjà perdu bien des gens, et qui, pour en avoir tant égaré, a changé son nom en celui de démence.
« Mais à quoi bon récriminer sur le passé sans profit pour les circonstances actuelles? C’est en faveur de l’avenir qu’il faut s’émouvoir en venant en aide au présent. Nos pères nous ont appris à conquérir par des travaux la bonne renommée. Si vous leur êtes un peu supérieurs en richesse et en puissance, ce n’est pas. une raison pour vous départir de leurs louables maximes; ü serait impardonnable de perdre par l’opulence ce qui fut acquis par la pauvreté.
« Entreprenez donc cette guerre avec confiance, et cela pour plus d’un motif: d’abord à cause de l’oracle du dieu qui nous promet son assistance ; ensuite parce que le reste de la Grèce combattra pour nous, moitié par crainte, moitié par intérêt. Enfin vous ne serez pas les premiers à rompre une paix que le dieu lui-même, en nous excitant à la guerre, estime avoir été violée ; vous en vengerez plutôt la violation, car la rupture ne vient pas de ceux qui se défendent, mais de ceux qui commettent la première agression.
« Ainsi, de quelque part qu’on l’envisage, la guerre se présente à vous sous un aspect favorable, et nous sommes unanimes à vous la conseiller. Or, s’il est vrai que, pour les Etats comme pour les individus, l’identité des intérêtsJe lis ταύτά, eadem, au lieude ταυτα, hæc, et cela à cause du sens, qui me paraît être le même que cette phrase de Salluste (Catilina, xx) : Idem velle atque nolle, ea demum firma ami~ citia est. Comparez Cicéron, pro Plano, II, et Tite Live, XXXVI, vu. soit la plus sûre garantie, ne tardez pas à secourir les Potidéates, ces Doriens assiégés par des Ioniens (c’était l’inverse jadis), et à sauver la liberté du reste des Grecs. On ne peut plus accepter l’idée que, par l’effet de nos irrésolutions, les uns soient déjà maltraités, les autres sur le point de l’être ; et c’est ce qui ne peut manquer d’arriver, si l’on apprend que nous nous sommes assemblés et n’avons pas eu le courage de porter secours à nos alliés. Songez-y bien, la guerre est pour nous une nécessité autant qu’un acte de sagesse. Sachez la voter sans craindre le danger prochain, et par le désir d’une paix durable. C’est par la guerre que la paix s’affermit, tandis que le repos ne préserve pas de la guerre. Etant donc persuadés que la ville qui s’érige en tyrau au milieu des Grecs nous menace tous egalement, puisqu’elle tient déjà les uns sous sa domination et qu’elle aspire à y placer les autres, marchons pour la réduire, afin de vivre désormais en sécurité et de délivrer les Grecs maintenant asservis. »
Ainsi parlèrent les Corinthiens. Quand tous les alliés eurent dit ce qu’ils avaient à dire, les Lacédémoniens prirent successivement l'avis de chacun des assistants, quelle que fût l’importance de la ville qu’il représentait. La grande majorité fut pour la guerre. Cette résolution arrêtée, il n’était pas possible de l'exécuter sur-le-champ, car rien n’était prêt encore. Chaque État dut se mettre en mesure dans le plus bref délai, toutefois une année n’était pas révolue, que les préparatifs se trouvèrent terminés, l’Attique envahie et les hostilités commencées.
Pendant l’intervalle, ils envoyèrent à Athènes des députés porteurs de leurs griefs, afin d’avoir un bon prétexte de guerre, si l’on refusait d’y faire droit. Dans une première ambassade, les Lacédémoniens demandèrent aux Athéniens d’expier le sacrilège commis envers la déesse ; voici en quoi il consistait.
Il y avait jadis à Athènes un homme appelé Cylon, vainqueur aux jeux OlympiquesLa tentative de Cylon pour s’emparer de la tyrannie d’Athènes eut lieu en 612 av. J.C., cinquante-deux ans avant l’époque où Pisistrate exécuta le même projet. On n’est pas d’accord sût l’olympiade où Cylon avait été vainqueur. ; il était d’une famille ancienne, noble et puissante, et il avait épousé la fille de Théagénès, tyran de Mégare. Un jour que ce Cylon consultait l’oracle de Delphes, le dieu lui répondit de s’emparer de l’acropole d’Athènes pendant la plus grande fête de Jupiter. En conséquence Cylon emprunta des soldats à Théagénès, s’assura du concours de ses amis ; et, quand vinrent les fêtes Olympiques du Péloponèse, il se saisit de l’acropole dans le but d’usurper la tyrannie. Il pensa que c’était la plus grande fête de Jupiter, et qu’elle le concernait lui-même, en sa qualité de vainqueur à Olympie. Était-ce en Attique ou ailleurs qu’avait lieu la grande fête dont parlait l’oracle, c’est ce qui ne vint point à l’esprit de Cylon et ce que le dieu n’avait point indiqué. Or il existe à Athènes une fête de Jupiter Milichios, surnommée la grande ; elle se célèbre hors de la ville, et le peuple entier y fait des sacrifices où plusieurs, en place de victimes, présentent des offrandes en usage dans le pays D’après le scholiaste, les pauvres offraient des gâteaux de farine qui avaient la forme d’animaux, tandis que les riches offraient des victimes proprement dites. . Cylon, croyant bien comprendre l'oracle, exécuta son dessein; mais les Athéniens n’en eurent pas plus tôt connaissance qu’ils accoururent en masse de la campagne, cernèrent l'acropole et en firent le siège. Comme il traînait en longueur, les Athéniens fatigués se retirèrent pour la plupart, en laissant aux neuf archontes le soin de le continuer, avec pouvoir (le prendre toutes les mesures qu’ils jugeraient convenables. En ce temps-là, c’étaient les archontes qui géraient la plus grande partie des affaires de PÉtatDepuis la constitution de Solon et les progrès de la démocratie à Athènes, les attributions des archontes furent successivement restreintes. A l’époque de la guerre du Péloponèse, ces magistrats n’avaient plus que des fonctions judiciaires, l’instruction des causes, la présidence des tribunaux et l’intendance des fêtes. Quant au crime cylonien, Hérodote (V, lxxi) l’attribue, non pas aux archontes, mais aux prytanes des naucrares, qui, selon lui, avaient alors l’autorité. Le passage de Thucydide pourrait être une rectification d’Hérodote (comme au chap. xx), quoique au fond les deux assertions ne soient pas contradictoires. . La troupe de Cylon, ainsi bloquée, avait beaucoup à souffrir du manque de vivres et d’eau Cylon s’esquiva avec son frère; les autres étant serrés de près, quelques-uns même mourant de faim t s’assirent en suppliants sur l’autel de l’acropole. Quand on les vit ainsi expirer dans le lieu sacré, ceux des Athéniens à qui la garde avait été commise, les relevèrent avec promesse de ne leur faire aucun mal; mais à peine furent-ils sortis qu’ils les tqèrent; chemin faisant, ils égorgèrent un certain nombre d’assiégés qui s’étaient assis au pied de l’autel des déesses vénérablesLes Euménides ou Furies, dont le sanctuaire se trouvait situé au pied de l’acropole. . Aussi furent-ils réputés impies et entachés de sacrilège, eux et leurs descendants. Ces impies furent chassés une première fois par les AthéniensLorsque, affligés par une maladie contagieuse, ils firent venir de Crète le devin Épiménide, qui ordonna la purification. d’Athènes, en 694 av. J. C. (Plutarque, Vie de Solon, xii.) , une seconde fois par le Lacédémonien Cléoménès, d’accord avec l’un des partis qui divisaient AthènesAvec le parti aristocratique ou la faction d’isagoras, à laquelle Cléoménès, roi de Lacédémone,' était venu prêter main-forte. (Hérodote, V, LXXII.) . On ne se contenta pas d’expulser les vivants ; on exhuma les ossements des morts pour les jeter hors des frontières. Cependant ces exilés rentrèrent plus tard à Athènes , et leur postérité s’y trouve encore aujourd’huiIl s’agit en particulier de la grande famille des Alcméonides, dont le chef Mégaclès se trouvait être premier archonte ou éponyme à l’époque du crime cylonien. .
En réclamant cette expiation, les Lacédémoniens avaient l’air de venger la majesté des dieux ; mais ils n’ignoraient pas que Périclès, fils de Xanthippos, était impliqué dans ce sacrilège par sa mèreAgariste, mèredePériclès, était nièce de l’Alc-méonide Mégaclès. ; et ils pensaient que, s’ils parvenaient à le faire bannir, ils trouveraient les Athéniens plus traitables. Cependant ils espéraient moins obtenir ce résultat que discréditer Périclès auprès de ses concitoyens, comme étant, par sa naissance, une des causes de la guerre. Périclès était alors l’homme le plus influent d’Athènes ; il dirigeait la république, et faisait une opposition constante aux Lacédémoniens, en empêchant qu’on ne leur cédât et en soufflant le feu de la guerre.
Les Athéniens demandèrent en revanche l’expiation du sacrilège de Ténare. Il faut savoir que les Lacédémoniens avaient jadis fait lever de l’autel de Neptune, à Ténare, des Hi-lotes suppliants, et les avaient mis à mort. C’est à cette raison qu’ils attribuent le grand tremblement de terre de SparteComme étant l’effetde la vengeance de Neptune. Ce dieu était considéré comme l’auteur des tremblements de terre. .
Les Athéniens leur demandèrent aussi d’expier le sacrilège commis envers la déesse à maison d’airainMinerve, protectrice de Sparte. Le surnom de χαλκοῖκος donné à cette divinité vient de ce que son temple avait des portes d’airain et un revêtement intérieur de plaques de ce métal. Ce temple était situé au sommet de l’acropole, c’est-à-dire de la plus haute des collines sur lesquelles Sparte était bâtie. . Je vais dire quelle avait été l’occasion de ce sacrilège.
Quand le lacédémonien Pausanias, rappelé une première fois par les Spartiates du commandement qu’il avait dans PHellespont, eut été jugé par eux et absous, on ne lui confia plus de mission publique ; mais lui-même affréta une trirème d’Hermione; et, sans l’aveu des Lacédémoniens, il retourna dans l’Hellespont, prétextant la guerre de Grèce, mais au fond pour continuer les intrigues qu’il avait nouées avec le roi dans le but de s’établir une domination sur les Grecs. L’origine de toute cette affaire fut un service qu’il avait eu l’adresse de rendre au roi. Lorsque, dans sa première expédition, après sa retraite de Cypre, il eut pris sur les Mèdes la ville de Byzance, on trouva, parmi les prisonniers, quelques parents et alliés du roi. Pausanias les lui renvoya à l’insu des confédérés, en laissant croire qu’ils s’étaient évadés. En cela il agissait de connivence avec Gongylos d’Ërétrie, auquel il avait confié le gouvernement de Byzance et la garde des captifs. Il envoya même ce Gongylos auprès du roi, avec une lettre ainsi conçue, compae on le découvrit dans la suite :