LIV. Le peuple ne put d’abord l’entendre sans impatience parler d’oligarchie; mais lorsque Pisandre lui eut démontré clairement qu’il n’y avait pas d’autre moyen de salut, il céda, par crainte et aussi dans l’espoir de revenir un jour à l’ancien état de choses. On décréta que Pisandre partirait avec dix collègues, pour s’entendre, avec Tissaphernes et Alcibiade, aux conditions qu’ils jugeraient les plus convenables. Pisandre ayant en même temps accusé Phrynicos, le peuple le destitua, ainsi que son collègue Scironidès, et les remplaça dans le commandement de la flotte par Diomédon et Léon. Pisandre avait calomnié Phrynicos et l’accusait d’avoir livré lasos et Amorgès, parce qu’il ne croyait pas ce général favorable à la négociation entamée avec Alcibiade.
Pisandre se mit en rapport avec tous les cercles politiques précédemment établis à Athènes, en vue de briguer les fonctions judiciaires et les magistratures; il les exhorta à se concerter et à agir en commun pour l’abolition de la démocratie; il fit de son côté toutes les dispositions qu’exigeaient les circonstances, de manière à ne plus différer, et s’embarqua avec ses dix collègues pour aller trouver Tissaphernes.