LVI. De ce moment les Syracusains purent librement parcourir le port, et résolurent d’en fermer l’entrée, pour qu’il ne fût plus possible aux Athéniens d’en sortir à leur insu, quand bien même ils le voudraient. Car déjà ce n’était plus seulement à se sauver euxmêmes qu’ils donnaient leurs soins, ils voulaient interdire à l’ennemi toute voie de salut. Ils croyaient, ce qui était vrai, que déjà les faits accomplis leur assuraient une grande supériorité; que s’ils parvevenaient à vaincre les Athéniens et leurs alliés sur terre et sur mer, ce serait pour eux une glorieuse recommandation auprès des Grecs; que les autres nations helléniques seraient par cela seul affranchies, celles-ci de l’esclavage, celles-là de la crainte, les Athéniens, se trouvant dès lors hors d’état de soutenir, avec ce qui leur resterait de forces, la guerre qu’on leur ferait; qu’eux-mêmes enfin, regardés comme les auteurs de ce bienfait, seraient un objet d’admiration pour leurs contemporains et pour l’avenir. Certes, à ce point de vue et à d’autres égards encore, c’était une lutte glorieuse; ce n’était pas seulement des Athéniens qu’ils triomphaient, mais aussi d’un grand nombre d’alliés d’Athènes; de leur côté, ils n’étaient point restés isolés, mais avaient vu un grand nombre de peuples se ranger autour d’eux; ils avaient partagé le commandement avec les Corinthiens et les Lacédémoniens, exposé leur ville aux premiers périls, et grandement accru leur importance maritime. En effet, à part le rassemblement général qui dans cette guerre se fit à Athènes et à Lacédémone, jamais une seule ville n’avait vu pareil concours de peuples.