Il est naturel de se demander quel était, d’entre les partis qui divisaient Athènes, celui que Thucydide préférait. Sa naissance et sa fortune font assez naturellement supposer qu’il inclinait vers l’aristocratie; cela est d’autant plus probable qu’il avait personnellement à se plaindre d’une démocratie sans frein. Cependant malgré les torts de ses concitoyens envers lui, il ne laisse percer aucune amertume individuelle. S’il jette du blâme sur les partis, c’est seulement par crainte des dangers qu’ils font courir à la République. Pour lui, toujours dévoué à la patrie, il ne cesse pas de l’aimer et de la défendre, quelle que soit la forme de son gouvernement. Ce n’est pas à dire qu’il soit .indifférent à toute espèce de pacte politique; dans un passage significatif (Liv. VIII, chap. xcvii), il énonce clairement son opinion à cet égard. Athènes venait d’échapper à une crise réactionnaire, et s’était donné un régime sagement pondéré. Thucydide ne dissimule pas sa sympathie pour cette constitution équilibrée, qui tenait la balance égale entre les divers éléments de l’État : « C’était, dit-il, un heureux mélange d’aristocratie et de démocratie ; jamais de mon vivant les Athéniens ne furent mieux gouvernés. »