« Si quelqu’un de vous croit qu’il n’éclatera point de guerre où nous puissions vous être utiles, il s’abuse et ne s’aperçoit pas que les Lacédémoniens, par suite de la crainte que vous leur inspirez, brûlent de prendre les armes ; tandis que les Corinthiens, qui ont de l’ascendant sur eux et qui vous sont hostiles, cherchent maintenant à nous soumettre pour vous attaquer ensuite. Ils veulent nous empêcher, vous et nous, d’unir contre eux nos inimitiés; ils veulent saisir l’occasion de nous affaiblir ou de se fortifier eux-mêmes. Notre devoir à nous, c’est de prendre les devants, les uns en offrant, les autres en acceptant cette alliance, et de prévenir leurs attaques plutôt que d’avoir à les repousser.
« Prétendraient-ils que vous n’avez pas le droit de recevoir leurs colons? Qu’ils apprennent qu’une colonie bien traitée respecte sa métropole, mais qu’opprimée elle s’en détache; en quittant le sol natal, on ne devient pas l’esclave, on demeure l’égal de ceux qu’on laisse derrière soi. Or il est évident que les torts sont de leur côté ; car invités à soumettre à un arbitrage l’affaire d’Épidamne, ils ont mieux aimé poursuivre leurs griefs par les armes que par les voies légales. Que leur conduite envers nous qui sommes leurs parents vous serve de leçon et vous empêche d’être dupes de leurs sophismes et de céder avec empressement à leurs prières. La meilleure garantie de sécurité, c’est de s’exposer le moins possible au repentir d’avoir servi ses ennemis.