Nous savons peu de chose sur la jeunesse de Thucydide. Tout le monde connaît la gracieuse anecdote qui nous le montre assistant avec son père à une lecture publique faite par Hérodote, et révélant sa future vocation par des larmes d’enthousiasme et d’envie. Ce trait de l’enfance de Thucydide a été mis en doute. On objecte en premier lieu qu’il ne s’appuie que sur des témoignages très-modernes , les seuls auteurs qui le rapportent étant Marcellinus; Suidas et Photius; en second lieu, qu’il implique un anachronisme. S’il est vrai qu’Hé-rodote ait lu des fragments de son histoire à Olympie ou à Athènes, ce fait doit être nécessairement antérieur à l’an 444, où il quitta la Grèce pour aller s’établir à Thurii; nous avons d’ailleurs le témoignage formel de la chronique d’Eusèbe, qui fixe cette lecture à l’an 446 av. J. C. Or, à cette époque, Thucydide n’était plus un enfant; il avait au moins vingt-cinq ans, d’après la date que Pamphila assigne à sa naissance. Enfin cette anecdote serait fort peu en harmonie avec le caractère historique des deux écrivains. Loin d’être un admirateur d’Hérodote, Thucydide ne le nomme pas même; il critique ouvertement sa méthode, et ne perd aucune occasion de relever ses erreurs. A la vérité, cette dernière objection n’est pas sans réplique; une admiration juvénile excitée par une première audition pouvant très-bien se concilier avec un jugement plus sévère dicté plus tard par la réflexion et la maturité.