LIII. « Nous vous avons livré notre ville, Lacédémoniens, confiants dans votre parole. Ce n’est pas là le jugement sur lequel nous comptions : nous attendions plus de respect de la légalité ; et, si nous avons accepté des juges, si nous n’en avons pas voulu d’autres que vous qui allez prononcer sur notre sort, c’était, dans la persuasion qu’auprès de vous surtout nous trouverions justice. Mais, maintenant, nous craignons bien d’avoir manqué doublement notre but : car nous soupçonnons (et cela n’est que trop vraisemblable) que nous avons à nous défendre contre le dernier supplice, et que nous ne vous trouverons pas exempts de par- tialité. Ce qui confirme nos craintes, c’est premièrement qu’on n’a formulé contre nous aucune accusation régulière que nous puissions réfuter, puisque c’est nous-mêmes qui avons dû demander à parler ; ensuite on ne nous adresse qu’une courte question, ménagée de telle sorte que, si notre réponse est conforme à la vérité, elle nous condamne, et si nous mentons, l’évidence est contre nous. De quelque côté que nous nous tournions, l’embarras est le même ; aussi, quelque danger qu’il y ait à parler, nous sommes forcés à suivre ce parti, qui nous paraît encore le plus sûr ; car, si nous gardions le silence dans la situation où nous sommes, on pourrait nous le reprocher et croire qu’en parlant nous avions chance de nous sauver.