Telles furent les exhortations adressées par les généraux péloponésiens à leurs soldats. Phormion ne redoutait guère moins le découragement des siens, qui entre eux parlaient avec effroi du grand nombre des vaisseaux ennemis. Il résolut donc de les réunir, afin de ranimer leur ardeur. Longtemps à l’avance il avait prép.aré leurs esprits, leur répétant qu’il n’y avait pas de flotte, si nombreuse fût-elle, dont ils ne dussent soutenir l’effort ; aussi les soldats s’étaient-ils faits à l’idée de ne jamais reculer, quelle que fût la multitude des vaisseaux péloponésiens. Cependant, comme il les voyait abattus, il voulut relever leur courage ; et, après les avoir rassemblés, il leur dit :
« Soldats, le nombre de vos ennemis, je le vois, vous inspire de l’inquiétude ; aussi vous ai-je convoqués pour dissiper une crainte mal fondée. a: D’abord, c’est à cause de leur première défaite et dans ie sentiment de leur infériorité, qu’ils ont réuni ce grand nombre de navires, au lieu de se mesurer contre nous à forces égales. Ensuite, ce qui leur inspire cette confiaflce audacieuse, c’est uniquement leur habitude des combats sur terre ; comme ils y sont ordinairement vainqueurs, ils se figurent que sur mer il en sera de même. Mais ici c’est à nous qu’appartient l’avantage, s’il est vrai que sur terre il leur soit acquis. Nous ne leur cédons point en bravoure, et l’audace est toujours en proportion de l’expérience.