Telles étaient les paroles par lesquelles Périclès cherchait à désarmer le courroux des Athéniens et à détourner leurs 'esprits des calamités présentes. Le peuple céda à ses discours et, renonçant à toute nouvelle ambassade auprès des Lacédémoniens, se passionna plus que jamais pour la guerre. Mais les particuliers ne pouvaient prendre leur parti de leur état de malaise. Le pauvre s’affligeait d’être privé du peu qu’il possédait ; les riches d’avoir perdu{ leurs superbes domaines, leurs maisons, leurs meubles somptueux; tous d’avoir la guerre au lieu de la paix. L’irritation ne s’apaisa que lorsqu’on eut mis Périclès à l'amende; mais bientôt, par une inconséquence naturelle à la multitude, on le réélut général et on lui confia le pouvoir suprême. C’est que les douleurs particulières commençaient à s’amortir et qu’on le regardait comme le seul homme capable de faire face aux nécessités publiques. Tout le temps qu’il fut à la tête des affaires, durant la paix, il gouverna avec modération, pourvut à la sûreté de l’État et le fit parvenir au faîte de la puissance; quand la guerre éclata, ce fut encore lui qui révéla aux Athéniens le secret de leurs forces.