Cette mort inopinée explique fort naturellement l’état d’imperfec-ijon relative où le dernier livre de son histoire nous est parvenu. Il s’arrête brusquement à la vingt et unième année de la guerre, quoique l’auteur eût annoncé (Liv. V, chap. xxvi) qu’il conduirait son récit jusqu’au moment où les Lacédémoniens renversèrent la domination d’Athènes en s’emparant du Pirée et des longs murs. Apparemment Thucydide avait l’intention d’ajouter un neuvième livre à ceux qui nous restent, et de compléter ainsi le nombre consacré par les Muses d’Hérodote. Il en avait sans doute rassemblé les matériaux; aussi a-t-il pu parler de son histoire comme d’un tout entièrement achevé, bien que la perfection même qu’il désirait donner à son ouvrage ne lui ait pas laissé le temps d’y mettre la dernière main.
Il n’entre pas dans le cadre étroit que je me suis tracé d’apprécier littérairement l’histoire de Thucydide, d’analyser la méthode qu’il a suivie et de montrer avec quelles dispositions d’esprit il demande à être lu. Plusieurs écrivains français ont fait cette étude d’une manière à peu près complète ; qu’il me suffise d’en indiquer les principaux.