Book 5
L’été suivant (a), les Diens du mont Athos passèrent dn parti d’Athènes dans celui des Chalcidéens. Les Lacédémoniens établirent en Achaïele fégime qui leur convint C’est-à-dire un régime franchement aristocratique. Dès lors tous les Achéens prirent une part active à la guerre du Pélo-ponèse. Au commencement, les Pelléniens seuls l’avaient fait. Voyez lîv. II, chap. ix. . A Argos, le parti populaire releva peu à peu la tête et attaqua l’oligarchie ; pour cet effet, il attendit le moment où les Lacédémoniens célébraient les Gymnopédies a. Un combat s’engagea dans la ville ; le peuple fut vainqueur, massacra une partie de ses adversaires et chassa l'autre. Les Lacédémoniens, appelés par leurs amis, se firent longtemps attendre ; enfin ils ajournèrent les Gymnopédies et se mirent en route pour Argos. Parvenus à Tégée, ils apprirent la défaite des aristocrates; et, malgré les instances des fugitifs, ils refusèrent d'aller plus loin. Us retournèrent chez eux achever les Gymnopédies.
Ensuite il arriva des députés envoyés par les Argiens de la ville et par ceux du dehors. Après de longs débats contradictoires, qui eurent lieu en présence des alliés, les Lacédémoniens donnèrent tort à ceux de la ville et résolurent de marcher contre Argos ; mais il survint des retards et des ajournements. Sur ces entrefaites, le peuple d’Argos, redoutant les Lacédémoniens et aspirant à renouer avec Athènes une alliance dont il espérait d’heureux fruits, entreprit de construire de longs murs jusqu'à la mer. U voulait par là, s'il venait à être bloqué par terreUne des principales fêtes lacédémoniennes. Elle tombait sur le milieu de l’été, durait de six à dix jours, et consistait en exercices de danse, de musique et de gymnastique. C’était une occasion de grandes réjouissances à Sparte. Ces fêtes y attiraient un concours considérable , car les étrangers pouvaient y assister. s’assurer, avec l’aide des Athéniens, la ressource des arrivages maritimes. Quelques villes du Péloponèse avaient eu connaissance de ce projet. Toute la population d’Argos, hommes, femmes et esclaves, mit la main à l’œuvre. Athènes leur envoya des maçons et des tailleurs de pierre. C’est ainsi que l’été finit. (λ) Quinzième année de la guerre, an 447 avant J.-C.
L’hiver suivant, les Lacédémoniens, avertis de ces travaux, marchèrent contre Argos avec tous leurs alliés, sauf les Corinthiens, sous la conduite du roi Agis fils d’Archidamos. Ils avaient conservé dans Argos quelques intelligences ; mais le mouvement sur lequel ils comptaient n’eut pas lieu. En revanche, ils prirent et rasèrent les murs en construction. Ils s’emparèrent aussi d’Hysies en Argolide et mirent à mort tous les hommes libres qui tombèrent entre leurs mains ; après quoi ils se retirèrent, et chacun regagna ses foyers.
Les Argiens firent à leur tour une expédition contre Phlioute, dont ils ravagèrent le territoire. Ils en voulaient à cette ville pour avoir reçu leurs bannis ; c’est là en effet que la plupart d'entre eux avaient trouvé un asile.
Le même hiver, les Athénien? bloquèrent les côtes de la Macédoine Je lis, avec la plupart des éditeurs modernes : κατέκλησαν.... Μακεδονίαν Ἀθηναῖοι, Περδίκκᾳ έπικαλοῦντες etc., au lieu de Μακεδονίας.... Περδίκκαν, ce qui signifierait qu’ils fermèrent à Perdiccas l’accès de son propre royaume. Gôller est l’auteur de cette correction, que le sens rend indispensable. Seulement il lit Μακεδονίας. . Us ne pardonnaient pas à Perdiccas de s'être ligué avec Argos et Lacédémone, comme aussi d’avoir, à l’époque où Nicias fils de Nicératos se disposait à marcher contre Amphipolis et les Chalcidéens du littoral de la Thrace Thucydide n’a pas fait mention, dans ce qui précède, de cette expédition préparée par les Athéniens contre Amphipolis, et probablement postérieure à la mort de Brasidas. , abandonné l’alliance et occasionné par sa retraite la dispersion de l’armée. Ils le traitèrent donc en ennemi. Là-dessus Thiver se termina, ainsi que la quinzième année de la guerre.
L’été suivant (a), Alcibiade se rendit à Argos avec vingt vaisseaux. Il enleva trois cents Argiens, qui étaient encore suspects d’attachement pour Lacédémone, et les déposa dans les îles voisines qui dépendaient d’Athènes.
Les Athéniens firent une expédition contre l’île de Mélos avec trente de leurs vaisseaux, six de Ghios et deux de Lesbos. Ils avaient à bord douze cents hoplites athéniens, trois cents archers et vingt archers à cheval, indépendamment de quinze cents hoplites fournis par les alliés et par les insulaires. Les Méliens, colonie de Lacédémone, refusaient d’imiter les autres habitants des îles en s'avouant sujets d’Athènes. Au commencement, ils avaient gardé la neutralité et s’étaient tenus en repos ; mais ensuite, forcés par les dévastations que les Athéniens commettaient sur leurs terres, ils en étaient venus à une guerre ouverte. Les généraux athéniens, Cléomédès fils de Lycomédès et Tisias fils de Lysimachos, campèrent avec leur armée sur le territoire de Mélos ; mais, avant d’y exercer aucun ravage, ils envoyèrent des ambassadeurs chargés de parlementer. Les Méliens, au lieu de les introduire dans l'assemblée (") Seizième année de la guerre, an 446 av. J.-C. du peuple, les inyitèrent à s’expliquer sur l'objet de leur mission devant les magistrats et les principaux citoyens. Les députés athéniens parlèrent en ces termes :
Les Athéniens. Puisqu’on ne nous permet pas de nous faire entendre de la multitude, mais qu’on nous introduit seulement auprès d’un petit nombre d’auditeurs, de peur sans doute qu’un discours soutenu, persuasif et sans réplique immédiate n’induise votre peuple en erreur, vous qui siégez ici, procédez plus sûrement encore. Laissez là les discours suivis, et examinez les questions au fur et à mesure qu’elles vous seront soumises. Quand nous aurons énoncé une opinion, si elle vous paraît inadmissible, réfutez-la sur-le-champ; et, pour commencer, dites si cette proposition vous agrée.
Les Méliens. Nous n’avons rien à objecter contre cette manière calme et modérée de s’éclairer mutuellement; cependant elle nous semble s’accorder mal avec la guerre qui nous menace, non dans un avenir éloigné, mais à l’instant même. Nous le voyons : vous vous posez en juges de nos paroles ; et l’issue probable de cette discussion sera pour nous la guerre, si, fondés sur le droit, nous refusons de céder, ou, dans le cas contraire, l’esclavage.
Les Athéniens. Si vous êtes réunis pour calculer les chances d’un avenir incertain, au lieu d’aviser au salut immédiat de votre patrie, nous garderons le silence ; autrement nous parlerons.
Les Méliens. Il est naturel et pardonnable, dans la situation où nous sommes, de s’écarter parfois, et en pfensée et en paroles, de la question proposée. Nous reconnaissons que cette réunion a pour objet notre salut. Rien ne s’oppose donc à ce que la discussion reste dans les termes où vous voulez la maintenir.
Les Athéniens. Nous n’irons point chercher de belles phrases; et nous n’entreprendrons pas de démontrer, par de longs discours qui ne convaincraient personne, que notre domination se justifie par nos triomphes sur les Mèdes, et notre agression actuelle par vos torts envers nous. Mais de votre côté, ne venez pas non plus nous dire que c’est en qualité de colons de Lacédémone que vous avez refusé de vous joindre à nous, et quà cet égard vous êtes sans reproche. Il faut se tenir dans les limites du possible, et partir d’un principe universellement admis : c’est que, dans les affaires humaines, on se règle sur la justice quand de part et d’autre on en sent la nécessité, mais que les forts exercent leur puissance et que les faibles la subissent.
Les Méliens. Eh bien, pour nous placer sut le ternis de l’intérêt — nous y sommes obligés, puisque vous ériges en principe l'utile plutôt que le juste, — selon nous cet intérêt exige que vous ne fassiez pas abstraction de l’utilité commune, mais qu’il soit bien entendu que, pour quiconque se trouve es danger, la convenance se substitue au droit, et que, n’eét-il à alléguer que les raisons les plus faibles, il doit être admis iles faire valoir. Cette manière de poser la question est aussi bien dans votre sens que dans le nôtre; car, si vous poussiez à l’excès l’esprit de vengeance et que vous vinssiez à éprouver des revers, on ne manquerait pas de rétorquer contre vous l’exemple que vous auriez donné.
Les Athéniens. Si notre domination doit avoir un terme, nous sommes loin de nous en alarmer. Ce ne sont pas les peuples possesseurs d’un empire, tels que les Lacédémoniens, qui sont redoutables aux vaincus: d’ailleurs il n’est pas question des Lacédémoniens ; ce sont les sujets, lorsqu’il leur arrive d’attaquer et de vaincre leurs anciens maîtres. Mais ceci nofcs concerne à nos risques et périls. Ce que nous tenons à établir, c’est que nous sommes ici pour le bien de notre empire et que nous parlons en vue de votre salut, notre désir étant de vous commander sans obstacle et de vous voir sauvés dans l’intérêt des deux partis.
Les Méliens. Et comment peut-il être aussi avantageux à nous d’être esclaves qu’à vous de dominer?
Les Athéniens. C’est qu'en vous soumettant vous éviteriez les derniers malheurs, et que nous trouverions notre compte à vous les épargner.
Les Méliens. Et si nous restions neutres et tranquilles, en étant vos amis au lieu d’être vos ennemis, vous n'y consentiriez pas?
Les Athéniens. Non; car votre hostilité nous est moins préjudiciable qu’une amitié qui, aux yeux de nos sujets, serait un indice de faiblesse, tandis que votre haine atteste notre puissance.
Les Méliens. Vos sujets ont-ils donc assez peu de discernement pour placer sur le même rang les peuples qu’aucun lien n’attache à vous et ceux qui, étant vos colons — comme c’est le cas du plus grand nombre, — se sont révoltés et ont été soumis ?
Les Athéniens. Ils pensent que ni les uns ni les antres ne manquent d’arguments plausibles; mais que ceux qui se conservent le doivent à leur puissance et à la crainte qui nous empêche de les attaquer. Aussi, en vous subjuguant, non-seulement nous augmenterons le nombre de nos sujets, mais encore nous assurerons notre sécurité; d’autant plus qu’insulaires et moins puissants que d’autres, vous ne sauriez tenir tête aux dominateurs des mers.
Les Méliens. Et ne croyez-vous pas qu’une conduite opposée offrirait les mêmes gages de sécurité? — Puisque vous nous avez fait sortir du terrain de la justice pour nous amener sur celui de l’utilité, force nous est de démontrer que votre intérêt se confond avec le nôtre. — Ceux qui sont neutres aujourd’hui, comment ne les pousserez-vous pas à vous faire la guerre, lorsque, tournant les regards vers nous, ils penseront qu’un jour ou l’autre vous marcherez contre eux? N'est-ce donc pas accroître vos ennemis actuels et attirer malgré eux contre vous des peuples qui n'y songeaient même pas?
Les Athéniens. Nullement. Les peuples que nous redoutons le plus ne sont pas ceux du continent, qui, par cela même qu’ils sont libres, ne se presseront pas de nous attaquer; ce sont les insulaires indépendants comme vous l’êtes, et ceux qui, déjà soumis à notre joug, ne le supportent qu’avec peine. Ce sont eux qui, obéissant à un entraînement irréfléchi, pourraient nous précipiter avec eux dans l’abîme.
Les Méliens. A coup sûr, puisque rien ne· coûte, à vous pour maintenir votre domination, à eux pour s’y soustraire, il y aurait bien de la faiblesse et de la lâcheté à nous qui sommes encore libres, à ne pas tout risquer plutôt que de tomber dans l’esclavage.
. Les Athéniens. Non, si vous délibérez sagement. Π ne s’agit pas ici de courage ni d’une lutte d’égal à égal, où vous ne pourriez succomber sans ignominie ; il s'agit d’aviser à votre conservation, sans vous hasarder contre des forces infiniment supérieures.
Les Méliens. Nous savons que le sort des armes est sujet à bien des -retours, qui ne se règlent pas sur les forcer relatives; céder sur-le-champ, c’est nous fermer toute espérance, tandis qu’avec de l’énergie, il y a encore chance de nous sauver.
Les Athéniens. L’espérance soutient les hommes dans le péril. Unie à la force, elle peut nuire sans ruiner ; mais quand elle porte à risquer le tout pour le tout, — car elle est de sa I nature mauvaise ménagère, — les revers n’ont pas plus tôt fait connaître les pièges où elle entraîne, qu’il ne reste plus aucnn moyen de s’en garantir. Faibles comme vous Fêtes et placés dans la position la plus critique, ne vous laissez pas séduire par cette dangereuse illusion. N’imitez pas le commun des hommes, qui, pouvant encore se sauver par les voies humaines lorsque, dans leur détresse, les appuis visibles leur échappent, ont recours aux invisibles, à la divination, aux oracles et à d’autres pratiques analogues, qui, jointes à l’espérance, les perdent sans retour.
Les Méliens. Nous aussi, n’en doutez pas, nous croyons difficile d’entrer en lutte avec votre puissance et votre fortune; il faudrait pour cela des armes moins inégales. Toutefois, pour ce qui est de la fortune, nous plaçons notre confiance dans la faveur divine, car notre cause est juste et la vôtre ne l’est pas; et pour ce qui est de nos forces, l’infériorité en sera compensée par l’alliance des Lacédémoniens, alliance dictée par la communauté d’origine et par un sentiment d’honneur. Notre assurance n’est donc pas si mal fondée.
Les Athéniens. Nous ne craignons pas non plus que la protection divine nous manque; car nous ne recherchons ni ne faisons rien de contraire aux sentiments religieux ou aux prétentions humaines. Nous estimons que, par une nécessité de leur nature, les dieux et les hommes ont une égale tendance à dominer, ceux-là dans l’ordre des idées, ceux-ci dans le cercle des réalités. Cette loi, ce n’est pas nous qui l’avons faite ni appliquée les premiers ; nous l’avons trouvée établie, et après nous elle subsistera à tout jamais. Nous ne faisons qu’en user, bien convaincus qu’à notre place ni vous ni personne n’agirait autrement. Ainsi, pour la faveur divine, nous n’avons aucun motif de nous en croire déshérités. Quant à votre confiance dans les Lacédémoniens, que vous vous figurez prêts à vous secourir par un sentiment d’honneur, nous admirons votre innocence, tout en plaignant votre crédulité. Les Lacédémoniens, entre eux et pour ce qui touche aux mœurs . nationales, se guident en général d’après la droiture; mais leur politique extérieure peut se résumer en ceci : savoir qu’à notre connaissance il n’est pas d’hommes qui confondent plus habituellement l’agréable et l’honnête, l’utile et le juste. Or une telle disposition ne s’accorde guère avec vos rêves actuels de salut.
Les Méliens. C’est là précisément ce qui nous rassure : ans leur propre intérêt, ils ne voudront pas abandonner leur olonie de Mélos, de peur de s’aliéner ceux des Grecs qui leur ont favorables, et de servir ainsi la cause de leurs ennemis.
Les Athéniens. Ne pensez-vous pas que l’intérêt et la ûreté vont de compagnie, tandis que la justice et l’honneur ont inséparables des dangers ? Or en général les Lacédémo-tiens s’y exposent le moins possible.
Les Méliens. Nous croyons qu’ils n’hésiteront pas à es affronter pour notre défense, et qu’ils auront pleine et en-ière confiance en nous. Notre proximité du Péloponèse leur acilite les moyens d’action, et la communauté d’origine leur garantit notre fidélité.
Les Athéniens. Pour ceux dont on réclame le concours, e meilleur gage n’est pas la sympathie qu’on a, mais les forces lont on dispose. C’est là ce que les Lacédémoniens envisagent ivant tout. Se défiant de leurs propres ressources, ils n’atta-juent jamais qu’à grand renfort d’alliés. Il est donc peu pro-Dable qu’ils passent dans une île, quand nous avons l’empire le la mer.
Les Méliens. Ils pourront en envoyer d’autres. Les eaux le la Crète sont vastes, et les dominateurs des mers auront dIus de peine à y exercer leur poursuite qu’on n’en aura à 'éviter. D’ailleurs, si les Lacédémoniens échouent de ce côté, ls se tourneront vers votre territoire et vers oeux de vos alliés lue n’a pas visités Brasidas. Dès lors ce ne sera plus pour une lerre étrangère, ce sera pour vos alliés et pour votre pays que vous aurez à combattre.
Les Athéniens. C’est une expérience qui a déjà été iaite. Jamais, vous le savez, la crainte d’autrui n’a fait aban-lonner un siège aux Athéniens. Mais nous étions convenus de lélibérer sur votre salut; et nous remarquons que, dans cette liscussion prolongée, vous n’avez pas encore articulé un seul not qui puisse Vous inspirer l’assurance de votre conserva-,ion. Vos plus fermes soutiens consistent en espérances loin-aines, et vos forces disponibles sont bien peu de chose pour riompher de celles qui se déploient sous vos yeux. Ce serait e comble de l’aveuglement que de ne pas prendre, après notre lépart, une résolution prudente. Vous ne serez pas les jouets de ;e fol amour-propre qui, dans les dangers manifestes et sans gloire, mène les hommes à leur ruine. Combien de gens, sans se faire illusion sur les conséquences de leur conduite, se laissent entraîner par le prestige d’un seul mot, l’honneur! Infatués de sa vertu magique, ils se jettent de gaieté de cœurdans des maux sans remède, et se couvrent d’un opprobre d’autant plus grand qu’il est dû à leur folie plutôt qu’à la fortune. C’est là ce que vous éviterez, si vous écoutez la raison. Tous ne tiendrez pas à déshonneur de céder à une ville puissante, qui borne ses prétentions à vous demander de devenir ses allie tributaires, tout en conservant vos biens. Libres d’opter entre la paix et la guerre, vous ne préférerez pas le mauvais parti. Résister à ses égaux, respecter les forts, ménager les faibles, tel est le moyen de se maintenir. Réfléchissez donc mûrement après notre départ, et dites-vous bien que c’est ici une question de vie ou de mort pour votre patrie ; que vous n’en arei qu’une, et que son avenir dépendra d’une seule résolution bonne ou mauvaise. »
Là-dessus les Athéniens quittèrent rassemblée. Le Méliens, demeurés seuls, prirent une décision conforme am principes émis par eux dans la conférence et répondirent :
« Athéniens, notre manière de voir n’a pas changé. Il ne sera pas dit qu’une ville qui compte sept siècles d’existenceMélos fut colonisée, en même temps que Théra, par des Doriens partis de Laconie peu de temps après le retour des Héraclides, c’est-à-dire environ 1050 av. J. G. Il y avait donc précisément six cent quarante-quatre ans à cette époque de la guerre du Péloponèse. se soit laissé en quelques instants ravir sa liberté. Reins de confiance dans la protection divine qui nous a préservés jusqu’à ce jour, dans le secours des hommes et notamment des Lacédémoniens, nous essayerons de pourvoir à notre salut. Nous ne vous demandons qu’une chose : c’est de consentir à ce que nous soyons vos amis, tout en gardant la neutralité. Nous vous invitons à évacuer notre territoire, après avoir fait un traité aux conditions qui seront agréées par les déni partis. »
Telle fut la réponse des Méliens. Les Athéniens, rompant la conférence, s’exprimèrent en ces termes :
« Il paraît, d’après votre résolution, que seuls d'entre les hommes vous considérez l’avenir comme plus assuré que ce qui est sous vps yeux, et l’incertain comme déjà réalisé parle J fait de votre désir. Vous hasardez beaucoup en vous fiant am Lacédémoniens, à la fortune, à l’espérance. C’est vous préparer une amère déception. »
Là-dessus les députés athéniens rejoignirent l’année. Les généraux, voyant les Méliens s’obstiner, firent aussrtdt leurs dispositions d’attaque. Ils investirent Mélos d’un morde circonvallation, dont les troupes de chaque ville se partagèrent le travail, selon leur force numérique. Ils laissèrent d« étachements athéniens et alliés pour faire la garde par terre t par mer ; puis ils remirent à la voile avec le reste de l’ar-îée. Ceux qui demeuraient continuèrent le siège.
À la même époque, les Argiens envahirent le ternaire de Phlionte ; mais, étant tombés dans une embuscade qui îur fut tendue par les Phliasiens et par leurs propres bannis, Ls perdirent près de quatre-vingts hommes. Les Athéniens ui étaient à Pylos firent en Laconie un butin considérable. Ce ie fut pas pour les Lacédémoniens un motif de rompre la trêve t de leur déclarer la guerre ; seulement ils firent publier qu’en eprésailles chacun serait libre de piller les Athéniens. Les lorinthiens prirent aussi Les armes contre Athènes à Focca-ion de quelques difficultés particulières. Dans le reste du Péloponèse la paix ne fut pas troublée. '