Thesauros Literature History Ἱστορίαι

Ἱστορίαι

Ἱστορίαι Thucydides

Book 1

 
Les Athéniens, sur l’avis de Thémistocle, répondirent à cette ouverture qu’ils allaient de leur côté envoyer aux Lacédémoniens des députés pour en conférer, et ils congédièrent sur-le-champ les ambassadeurs. Thémistocle demanda à être envoyé immédiatement à Lacédémone ; on devait ensuite lui choisir des collègues ; mais, au lieu de les faire partir sur-lechamp, on les retiendrait jusqu’à ce que la muraille eût atteint la hauteur strictement nécessaire pour la défense. Tout ce qu’il y avait d’habitants dans la ville, hommes, femmes, enfants, devait se mettre au travail, sans épargner ni édifices publics, ni maisons parti- culières ; tout ce qui pouvait offrir quelque utilité pour la construction du mur devait être démoli. Ces instructions données, il laissa entendre qu’il ferait le reste à Lacédémone, et partit. Une fois arrivé, au lieu de se présenter devant les magistrats, il temporisa sous divers prétextes ; quand quelqu’un des magistrats lui demandait pourquoi il ne se rendait pas à l’assemblée, il répondait qu’il attendait ses collègues, restés en arrière pour quelque affaire ; qu’il comptait sur leur prompte arrivée et s’étonnait même de ne pas les voir paraître.
 
XCI. Quand on entendait Thémistocle, l’affection qu’on avait pour lui faisait accepter ses raisons. Mais, d’un autre côté, des personnes arrivant d’Athènes dénonçaient hautement que les fortifications se poursuivaient et que déjà la muraille gagnait en hauteur ; on n’avait aucun motif pour se refuser à les croire. Thémistocle, instruit de ces rapports, invita les Lacédémoniens à ne pas se laisser abuser par de vaines paroles, mais à députer plutôt quelques-uns des leurs, des hommes probes et véridiques, qui rapporteraient fidèlement ce qu’ils auraient vu. On les expédia. De son côté, il informa les Athéniens de cette députation par un avis secret, et leur recommanda de retenir les envoyés le moins ostensiblement possible, mais de ne pas les laisser aller avant qu’ils fussent eux-mêmes de retour ; car ses collègues, Abronichus, fils de Lysiclès, et Aristide, fils de Lysimaque, étaient enfin arrivés, lui annonçant que la muraille avait une hauteur suffisante. Il craignait que les Lacédémoniens, une fois instruits de la vérité, ne voulussent plus les laisser partir. Les Athéniens retinrent les envoyés, conformé- ment à ses prescriptions. Alors Thémistocle se présenta devant les Lacédémoniens ; il déclara qu’Athènes était entourée de murs et pouvait désormais pourvoir à la sûreté de ses habitants ; que si les Lacédémoniens ou leurs alliés voulaient y envoyer quelque ambassade, ils auraient à traiter maintenant avec des hommes connaissant et leurs propres intérêts et ceux de la Grèce ; que, quand ils avaient cru nécessaire d’abandonner leur ville et de monter sur leurs vaisseaux, ils avaient su prendre, sans les Lacédémoniens, cette au- dacieuse résolution ; qu’enfin, dans toutes les affaires où ils s’étaient consultés avec les Lacédémoniens, ils ne s’étaient montrés inférieurs à personne pour la sagesse des résolutions ; qu’il leur semblait utile actuellement de fortifier leur ville, et que l’intérêt des habitants était, en cela, d’accord avec celui de tous les alliés ; qu’en effet il était impossible, s’il n’y avait entre les parties contractantes parité de situation et de forces, qu’on prît de concert et sur le pied de l’égalité des mesures analogues dans l’intérêt commun. Il fallait donc, disait-il, ou qu’aucun des confédérés n’eût de fortifications, ou qu’on approuvât ce qu’avaient fait les Athéniens.
 
XCII. Les Lacédémoniens, à ce discours, ne témoignèrent ouvertement aucun ressentiment contre les Athéniens, car ils n’avaient pas prétendu intimer une défense ; c’était seulement pour donner un conseil, dans l’intérêt commun, qu’ils avaient envoyé une députation ; d’ailleurs, ils témoignaient alors beaucoup de bienveillance aux Athéniens, surtout en raison de leur dévouement contre les Mèdes. Ils n’en éprouvèrent pas moins un secret dépit d’avoir manqué leur but. Quant aux députés, ils se retirèrent de part et d’autre sans récriminer.
 
XCIII. C’est ainsi que les Athéniens fortifièrent leur ville en peu de temps ; aussi reconnaît-on, aujourd’hui encore, que les constructions furent élevées à la hâte : les fondements sont formés de pierres non ap- pareillées, souvent tout à fait brutes, et jetées là au hasard, comme on les apportait ; on trouve même des cippes funéraires et des sculptures mêlés à la maçonnerie. Cela tient à ce que l’enceinte de la ville fut agrandie dans tous les sens et que, dans la précipitation du moment, on mettait tout en oeuvre indistinctement.
 
Thémistocle persuada aussi de compléter les constructions du Pirée , commencées précédemment, l’année de son archontat403 av. J-C. ; quatrième année de la LXXI olympiade.. Le Pirée, avec ses trois ports naturels, lui paraissait d’une grande importance ; car il pensait que les Athéniens trouveraient dans la marine, s’ils s’y adonnaient, de grandes res- sources pour l’accroissement de leur puissance. Il osa le premier dire qu’ils devaient s’adonner à la mer, et tout d’abord il leur en prépara l’empire. C’est d’après ses conseils qu’on donna aux murs qui entourent le Pirée la largeur qu’on leur voit encore aujourd’hui. Deux chariots de pierres y passaient aisément en se croisant. A l’intérieur, il n’y avait ni moellon ni mortier ; il n’entrait dans les constructions que d’énormes blocs de pierre, taillés à angles droits et reliés entre eux extérieurement avec du fer et du plomb. Ils ne furent élevés qu’à la moitié de la hauteur qu’il avait projetée ; car il voulait que leur élévation et leur épaisseur pussent décourager toutes les tentatives des ennemis, et, dans sa pensée, un petit nombre d’hommes, même des moins valides, devaient suffire à les garder, pendant que les autres monteraient sur les vaisseaux. S’il se préoccupait surtout de la marine, c’était dans cette pensée, ce me semble, qu’il serait plus facile à l’armée du roi d’envahir l’Attique par mer que par terre. Le Pirée lui semblait d’ailleurs plus important que la ville haute ; et, bien des fois, il conseilla aux Athéniens, si jamais ils étaient forcés par terre, de descendre au Pirée et d’y lutter sur leurs vaisseaux contre tous leurs ennemis.
 
C’est ainsi que les Athéniens fortifièrent leur ville et firent toutes leurs dispositions, immédiatement après la retraite des Mèdes.
 
XCIV. Cependant Pausanias, fils de Cléombrote, avait été envoyé de Lacédémone, pour commander les Grecs, à la tête de vingt vaisseaux du Péloponnèse. Les Athéniens naviguèrent de conserve avec trente vais- seaux ; un grand nombre d’alliés les suivaient. Ils se portèrent contre Cypre, qu’ils soumirent en grande partie ; puis ils allèrent, toujours sous le même commandement, assiéger Byzance occupée par les Mèdes, et s’en emparèrentCette expédition eut lieu de 476 à 474 av. J.-C..
 
XCV. Mais déjà la dureté de Pausanias commençait à peser aux GrecsPlutarque parle à plusieurs reprises (Vies de Cicéron et d’Aristide) des violences de Pausanias. Il allait jusqu’à frapper les chefs des nations alliées et à leur infliger des punitions dérisoires. particulièrement aux Ioniens et à tous ceux qui s’étaient récemment soustraits à la domination du roiCette défection avait eu lieu l’année des combats de Mycale et de Platée (479 av. J.-C).. Ils allèrent trouver les Athéniens, et les prièrent, au nom de leur commune origineParmi ces nouveaux alliés, Plutarque cite en première ligne les habitants de Chio, Samos et Lesbos., de se mettre à leur tête, et de les protéger au besoin contre les violences de Pausanias. Les Athéniens accueillirent cette demande et leur témoignèrent les meilleures dispositions, s’engageant à leur donner l’appui qu’ils réclamaient, et à prendre sur tout le reste les mesures qu'ils jugeraient les meilleures. Sur ces entrefaites les Lacédémoniens rappelèrent Pausanias pour le juger sur les faits venus à leur connaissanceSuivant Diodore de Sicile (xi, 44) ce furent les Péloponnésiens placés sous les ordres de Pausanias qui l’envoyèrent accuser à Sparte.. Les Grecs qui venaient à Lacédemone se plaignaient vivement de ses injustices ; dans son commandement il agissait plutôt en tyran qu’en général. Il fut donc rappelé au moment même où, en haine de lui, tous les alliés, à l’exception des soldats du Péloponnèse, se rangeaient sous les ordres des Athéniens470 ou 471 av. J.-C.. Arrivé à Lacédémone, il fut condamné pour violences envers des particuliers, mais absous sur les faits capitaux. Et pourtant on l’accusait surtout de médismeTrahison, intelligence avec les Mèdes. Cette accusation fut plus tard renouvelée, et Pausanias périt misérablement (V. plus bas i, 128.). et le reproche paraissait fondé. Le com- mandement ne lui fut pas rendu ; on envoya à sa place Dorcis et quelques collègues, à la tête d’une armée peu nombreuse. Mais les alliés refusèrent de se placer sous leurs ordres ; ils se retirèrent alors et ne furent pas remplacés. Les Lacédémoniens craignaient qu’au dehors leurs généraux ne se corrompissent, comme il était arrivé pour Pausanias« La détermination de Sparte parut étrange : Voyant que « leurs généraux se laissaient corrompre par ce pouvoir si consi- « dérable, ils cessèrent d’envoyer des généraux, préférant au « commandement de toute la Grèce des citoyens vertueux et le « maintien des anciennes moeurs » (Plut., Arist., 23.).. D’ailleurs, ils voulaient se débarrasser de la guerre médique ; ils croyaient les Athéniens en état de la conduire et étaient à cette époque en bons rapports avec eux.
 
XCVI. Les Athéniens, investis ainsi du commandement que les alliés leur avaient déféré en haine de Pausanias, fixèrent l’apport de chaque villeLa répartition fut faite par Aristide. dans la lutte contre le Barbare ; aux uns ils demandèrent de l’argent, aux autres des vaisseaux. Le prétexte était de ravager les terres du Roi, en représailles de ce qu’on avait souffert. C’est alors que fut instituée chez les Athéniens la magistrature des Hellénotames, chargés de percevoir le Phoros C’est-à-dire apport, la contribution pour la guerre médique.. On désignait sous ce nom la contribution en argent. Le premier Phoros fut fixé à quatre cent soixante talents. Le trésor était déposé à Délos, et les assemblées se tenaient dans le temple.
 
XCVII. Commandant à des alliés d’abord indépendants et admis à délibérer dans les assemblées communes, les Athéniens accrurent leur puissance et par les armes et par le maniement des affaires, dans l’in- tervalle qui sépare la guerre rnédique de celle-ci. Voici le précis de ces accroissements successifs, au milieu de leurs démêlés soit avec les barbares et avec leurs alliés révoltés, soit avec les peuples du Péloponnèse, toujours mêlés, l’un ou l’autre, à ces querelles. Je me suis permis une digressionCette digression, destinée à combler une importante lacune historique, comprend un espace de 47 ans (478-432). à ce sujet, parce que tous ceux qui m’ont précédé ont négligé cette partie, pour se borner à l’histoire de la Grèce avant la guerre médique, ou à la guerre médique elle-même. Le seul qui ait touché ce point, HellanicusHellanicus était né quelques années avant Hérodote ; ses écrits ont péri ; il n’en reste que des fragments insignifiants., dans son histoire de l’Attique, l’a traité brièvement et laisse à désirer pour l’exactitudé chronologique. C’est d’ailleurs par ces faits qu’on peut voir comment s’est établie la domination athénienne.
 
XCVIII. D’abord, sous le commandement de Cimon, fils de Miltiade, ils assiégèrent Eion, place occupée par les Mèdes, sur le StrymonEn Thrace, à l’embouchure du Strymon ; c’était le port d’Amphipolis., la prirent et réduisirent les habitants en esclavage. Scyros, île de la mer Égée, habitée par les DolopesLes Dolopes étaient adonnés à la piraterie ; ils pillaient et massacraient tous les étrangers qui abordaient sur leurs côtes., éprouva ensuite le même sort et reçut une colonie athénienne. Ils firent aussi la guerre aux CarystiensC’était le seul peuple de l’Eubée qui ne fût pas soumis aux Athéniens. ; le reste de l’Eubéen’y prit aucune part, et, au bout quelque temps, les hostilités finirent par une convention. Vint ensuite la défection des Craniens, qu’ils attaquèrent et réduisirent à la suite d’un siége. Ce fut le premier peuple qui, contrairement au droit commun, passa de la condition d’allié à celle de sujet. Plus tard beaucoup d’autres eurent successivement le même sort.
 
XCIX. Les motifs de défection ne manquaient pas ; au premier rang étaient le défaut de paiement des redevances en argent et en vaisseaux et le refus de service ; car les Athéniens agissaient avec rigueur et excitaient des mécontentements par l’imposition forcée de charges qu’on n’avait ni l’habitude ni la volonté de supporter. Sous bien d’autres rapports leur domination s’était appesantieLa suite du récit offrira de nombreux exemples de cette dureté attestée par tous les historiens. Les Athéniens, avec leurs moeurs élégantes et légères, étaient pour leurs alliés des tyrans sans pitié. : dans les expéditions communes, ils ne traitaient plus les alliés sur le pied de l’égalité ; et d’ailleurs, il leur était devenu facile de réduire ceux qui les abandonnaient. La faute en était aux alliés eux-mêmes ; car, par suite de leur répugnance pour le service militaire, la plupart d’entre eux, pour ne pas quitter leurs foyers, stipulaient une redevance en argent, équivalente au contingent de vaisseaux auquel ils étaient tenus. La marine athénienne s’accroissait de leur contribution, et ensuite, lorsqu’euxmêmes tentaient quelque défection, ils s’engageaient dans la guerre sans préparatifs et sans expérience.
 
C. Les Athéniens, assistés de leurs alliés, combattirent ensuite les Mèdes sur terre et sur mer, près du fleuve EurymédonVers 466 av. J.-C., en Pamphilie. Vainqueurs le même jour dans les deux affaires, sous le commandement de Cimon, fils de Miltiade, ils prirent aux Phéniciens ou détruisirent deux cents galères.
 
Quelque tempsOn s’accorde à rapporter cette défection à l’an 465 av. J.-C. après, les Thasiens se détachèrent de leur alliance, à propos de démêlés relatifs aux comptoirs et aux mines qu’ils exploitaient sur la côte de Thrace, en face de Thasos. Les Athéniens envoyèrent une flotte contre Thasos, remportèrent une victoire navale et firent une descente dans l’île. Vers le même temps ils envoyèrent dix mille colons, tant des leurs que des alliés, occuper, sur les bords du Strymon, le lieu appelé alors les Neuf-Voies, et maintenant Amphipolis. Après s’être emparés des Neuf-Voies sur les Édoniens, ils s’avançaient vers l'intérieurSous la conduite de Léagros et de Sophanès (Hérod. ix, 75).— On comprend difficilement que les Athéniens se soient ainsi avancés dans l’intérieur jusqu’à Drabisque, à moins que ce ne fût pour prévenir les attaques des Édoniens, ou pour soumettre toute la région des mines., lorsque tous les ThracesDiodore (xii, 68) et Pausanias disent, au contraire, qu’ils furent anéantis par les Édoniens seuls., également inquiets de la fortification des Neuf-Voies, se réunirent et les anéantirent à Dra- bisque, en Édonie463 av. J.-C. L’Édonie confinait à la Thrace et était comprise entre le Strymon et le Nestus..
 
CI. Les Thasiens, vaincus et assiégés, se tournèrent vers les Lacédémoniens et les prièrent de leur venir en aide par une diversion sur l’Attique. Les Lacédémoniens s’y engagèrent, à l’insu des Athéniens ; ils allaient agir, lorsqu’ils en furent détournés par le tremblement de terreCe tremblement de terre eut lieu 445 ans av. J.-C. Il fit périr vingt mille Lacédémoniens (Diodore xii, 63 ) et renversa toute la ville, à l’exception de cinq maisons. (Plut. Cim.) qui eut lieu à cette époque. Les HilotesLes Hilotes étaient les habitants d’Hélos, réduits à l’esclavage le plus abject après la prise de leur ville par les Lacédémoniens, en 1059. On désignait également sous ce nom les Messéniens réduits aussi en servitude. profitèrent de cette occasion, ainsi que les ThuriatesThuria était située près de l’embouchure du Pamisus, et Ithome à peu de distance à l’est de Messène. et les Éthéens, voisins des Lacédémoniens, pour se soulever et s’enfermer à Ithome. La plupart des Hilolcs descendaient des anciens Messéniens réduits jadis en servitude, ce qui leur faisait donner à tous le nom de MesséniensCette guerre fut même nommée, pour ce motif, troisième guerre de Messénie.. Les Lacédémoniens eurent donc une guerre à soutenir contre les révoltés d’Ithome.
 
Quant aux Thasiens, après trois ans de siége, ils capitulèrent, rasèrent leurs fortifications, livrèrent aux Athéniens leurs vaisseaux, se soumirent à payer la somme à laquelle ils furent taxés et pour le présent et pour l’avenir, et enfin renoncèrent à toute prétention sur le continent et les mines.
 
CII. Les Lacédémoniens, voyant se prolonger la guerre contre les révoltés d’Ithome, eurent recours à leurs alliés et aux Athéniens. Ces derniers vinrent en grand nombre, sous les ordres de Cimon. On les avait appelés surtout à cause de leur réputation d’habileté dans l’art des siéges ; mais, les opérations ayant continué à traîner en longueur, cette habileté parut en défaut ; car ils auraient dû emporter la place. C’est à propos de cette expédition que se manifesta pour la première fois la mésintelligence entre les Lacédémoniens et les Athéniens. Les Lacédémoniens, voyant que la ville n'était pas enlevée de vive force, s’inquiétèrent de l’audace et de l’esprit remuant des AthéniensDiodore (xi, 64) dit aussi que les Lacédémoniens craignaient de les voir passer du côté des Messéniens. ; ils les regardaient comme d’une autre race qu’eux et craignaient, si leur séjour devant Ithome se prolongeait, que leur fidélité ne fût pas à l’abri des suggestions des assiégés. Aussi, de tous leurs alliés, ils congédièrent les Athéniens seuls, sous prétexte qu’ils n’avaient plus besoin d’eux ; mais sans leur témoigner cependant aucun soupçon. Néanmoins, les Athéniens comprirent que le prétexte assigné à leur renvoi n’était pas sérieux et qu’il était survenu quelque défiance. Ils s’indignèrent et résolurent de ne point tolérer une pareille offense de la part des Lacédémoniens. Dès qu’ils se furent retirés, ils renoncèrent à l’alliance contractée avec eux contre les Mèdes, et en formèrent une nouvelle avec les Argiens, ennemis de Lacédémone Cimon, qui avait conseillé cette expédition en faveur des Lacédémoniens, fut banni par l’ostracisme.. Les Thessaliens entrèrent aussi dans la même ligue et se lièrent à chacun des deux peuples par les mêmes serments.
 
CIII. Après dix ans de siége, ceux d’Ithome, à bout de ressources, capitulèrent avec les Lacédémoniens455 av. J.-C.. Les conditions étaient qu’ils sortiraient du Péloponnèse sous la foi des traités et n’y rentreraient jamais ; que si quelqu’un d’eux y était surpris, il serait esclave de celui qui l’aurait arrêté. Un oracle de la pythie avait précédemment ordonné aux Lacédémoniens de laisser aller le suppliant de Jupiter Ithoméen. Ils sortirent donc avec leurs enfants et leurs femmes ; les Athéniens, en haine des Lacédémoniens, les accueillirent et les établirent à NaupacteAujourd’hui Lépante. La ville fut reprise à la fin de la guerre par les Lacédémoniens qui en chassèrent les Messéniens. qu’ils venaient de prendre récemment sur les Locriens Ozoles.
 
Les Mégariens vinrent aussi se joindre aux Athéniens ; ils s’étaient séparés des Lacédémoniens, parce que les Corinthiens leur faisaient la guerre pour une question de limites. Les Athéniens occupèrent Mégare et Pèges ; ils construisirent chez les Mégariens les longs murs ; qui s’étendent de la ville à NiséeNisée, à huit stades de Mégare, sur le golfe Saronique, était le port de cette ville., et en prirent eux-mêmes la garde. C’est surtout de là que date la haine violente des Corinthiens contre les Athéniens.
 
CIV. Cependant, Inarus de Libye, fils de Psammétique, roi des Libyens qui continent à LÉgypte, partit de MaréeMarée, bourg à peu de distance d’Alexandrie, sur le bras Canopique, a donné son nom au lac Maréotis. Pharos, petite île, à l’embouchure du bras Canopique, fut plus lard jointe au continent., ville au-dessus de Pharos, et fit soulever la plus grande partie de l’Égypte contre le roi Artaxer- xèsArtaxerxès-Longuemain qui régna de 467 à 425. L’expédition athénienne eut lieu vers 460.. Investi lui-même du commandement, il appela les Athéniens. Ceux-ci faisaient alors une expédition contre Cypre, avec deux cents vaisseaux tant d’Athènes que des alliés. Ils quittèrent Cypre à cet appel, remontèrent le Nil, et, maîtres du cours du fleuve, ainsi que des deux tiers de Memphis, ils assiégèrent la partie restée libre et qu’on appelait le Mur-Blanc. Là s’étaient réfugiés des Perses, des Mèdes et ceux des Égyptiens qui n’avaient pas pris part à la révolte.
 
CV. Les Athéniens, ayant fait une descente à HaliesPetite ville de l’Argolide, non loin de Trézène., attaquèrent les Corinthiens et les Épidauriens. Les Corinthiens furent vainqueurs. Plus tard les Athéniens livrèrent un combat naval aux Péloponnésiens, à la hauteur de CécryphalieIle au N.O. d’Égine, dans le golfe Saronique. et vainquirent à leur tour. Survint ensuite une guerre entre les Eginètes et les Athéniens. Une grande bataille navale se livra entre eux près d’Égine ; les uns et les autres étaient assistés de leurs alliés. Les Athéniens, commandés par Léocrate, fils de Stroebus, furent vainqueurs ; ils prirent soixante-dix vaisseaux, descendirent à terre et assiégèrent la ville. Les Lacédémoniens, voulant secourir les Éginètes, leur firent passer trois cents hoplites qui avaient précédemment servi comme auxiliaires avec les Corinthiens et les Épidauriens. En même temps ils occupèrent les hauteurs de GéraniePromontoire de la Mégaride., pendant que les Corinthiens et les alliés descendaient dans la Mégaride·, ils espéraient que les Athéniens, ayant une grande partie de leur armée occupée ailleurs, à Égine et en Égypte, seraient dans l’impossibilité de secourir les Mégariens, ou que, s’ils le faisaient, il leur faudrait abandonner Égine. Mais le corps expéditionnaire d’Égine ne fit aucun mouvement ; les Athéniens envoyèrent à Mégare, sous la conduite de Myronidès, les plus âgés et les plus jeunes des citoyens restés à Athènes·, une bataille qu’ils livrèrent aux Corinthiens resta indécise, et les deux partis se séparèrent, prétendant, chacun de leur côté, n’avoir pas eu le dessous. Cependant les Corinthiens se retirèrent, et les Athéniens, qui avaient plutôt eu l’avantage, élevèrent un trophée. Mais les Corinthiens, traités de lâches à leur retour par les vieillards qui étaient restés à la ville, se préparèrent pendant douze jours entiers et revinrent élever un trophée de victoire en face de celui des Athéniens. Les Athéniens accoururent alors de Mégare, tuèrent ceux qui érigeaient le trophée, attaquèrent ensuite les autres et les mirent en déroute.
 
CVI. Les Corinthiens vaincus battirent en retraite. Un corps assez considérable d’entre eux, vivement poussé, se trompa de route et tomba dans une propriété particulière, entourée d’un large fossé, et sans issue. Les Athéniens s’en aperçurent, firent face à l’entrée avec des hoplites, entourèrent l’enceinte de troupes légères et lapidèrent tous ceux qui s’y étaient engagés. Ce fut un grand désastre pour les Corinthiens. Le gros de leur armée regagna le pays.
 
CVII. Vers cette époque457 av. notre ère. les Athéniens commencèrent la construction des longs murs, qui s’étendent jusqu’à la mer, dans la direction de Phalère et du Pirée.
 
Les Phocéens firent une expédition contre la DorideAu nord-ouest de la Phocide, près du mont oeta., métropole des Lacédémoniens ; ils attaquèrent Boeon, Cytinion, Erinéos, et prirent une de ces petites places. Les Lacédémoniens, sous la conduite de Nicomède, fils de Cléombrote, qui commandait à la place du roi Plistoanax, fils de Pausanias, trop jeune encore, se portèrent au secours des Doriens, avec quinze cents de leurs hoplites et dix mille des alliés. Ils forcèrent les Phocéens à rendre la ville par capitulation, et se retirèrent. Mais la difficulté était de rentrer chez eux ; s'ils voulaient prendre la mer et traverser le golfe de Crisa, ils devaient trouver en croisière la flotte athénienne qui leur barrait le passage. Par Géranie, la route ne leur paraissait pas sûre, les Athéniens étant maîtres de Mégare et de Pèges. D’ailleurs, indépendamment des difficultés de cette route, les issues étaient constamment gardées par les Athéniens ; les Lacédémoniens sentaient bien qu’en cette circonstance le passage de ce côté leur serait aussi disputé. Ils crurent donc devoir s’arrêter en Béotie, pour considérer à loisir quel serait le moyen le plus sûr d’opérer leur retraite. En prenant ce parti, ils avaient aussi cédé un peu aux instigations secrètes de quelques Athéniens qui espéraient détruire la démocratie et empêcher la construction des longs murs3. Les Athéniens en masse se portèrent contre L’aristocratie voyait avec inquiétude l’accroissement de la marine, qui déplaçait sans cesse les fortunes et favorisait par là les développements de la démocratie. C’était elle qui appelait les Lacédémoniens. eux, assistés de mille Argiens et des divers contingents des alliés, en tout quatorze mille hommes ; ce qui les détermina à cette expédition fut l’embarras dans lequel ils supposaient les Lacédémoniens pour opérer leur retraite, et aussi quelque soupçon de ce qui se tramait contre la démocratie. Un corps de cavalerie thessalienne marchait avec eux, conformément au traitéLe traité dont il a été question au chap. cii. ; mais, pendant l’action, il passa aux Lacédémoniens.
 
CVIII. Le combat se livra à Tanagre457 av. J.-C., en Béotie. La victoire resta aux Lacédémoniens et à leurs alliés ; mais il y eut de part et d’autre un grand carnage. Les Lacédémoniens pénétrèrent dans la Mégaride, coupèrent les arbres, et rentrèrent chez eux par Géranie et l'isthme. Soixante-deux jours après ce combat, les Athéniens, sous la conduite de Myronidès, allèrent attaquer les Béotiens, les battirent à oenophytisA peu de distance de Tanagre, sur l’Asopus., et soumirent la Béotie, ainsi que la Phocide. Ils rasèrent les fortifications de Tanagre, et prirent chez les Locriens d’Oponte cent otages, choisis parmi les plus riches citoyens. Enfin ils terminèrent chez eux la construction des longs murs.
 
Vint ensuite la capitulation des Éginètes. Ils se rendirent aux AthéniensLa quatrième année de la quatre-vingtième olympiade. 456 av. J.-C., rasèrent leurs murailles, livrèrent leurs vaisseaux, et se soumirent pour l'avenir à un tribut déterminé.
 
Les Athéniens firent avec leur flotte le tour du Péloponnèse, sous le commandement de Tolmidès, fils de Tolmæus ; ils brûlèrent le chantier maritime des LacédémoniensGythium, au nord du Péloponnèse, sur le golfe de Laconie., prirent Chalcis, ville dépendante de Corinthe, descendirent à terre et battirent les Sicyoniens.
 
CIX. Les Athéniens et les alliés qui se trouvaient en Égypte s’y étaient maintenus ; mais la guerre avait eu pour eux bien des alternatives ; d’abord ils s’étaient emparés de l’Égypte. Le roiCes mots désignent toujours le Grand Roi, le roi de Perse. avait envoyé alors à Lacédémone le Perse Mégabaze, avec de l’argent, pour déterminer les Péloponnésiens à envahir l’Attique, et forcer ainsi les Athéniens à évacuer l’Égypte ; mais l’affaire échoua : Mégabaze, voyant que l’argent était dépensé en pure perte, retourna en Asie avec le reste de ses trésors. Le Perse Mégabyse, fils de ZopyreCelui dont Hérodote raconte la mutilation volontaire (iii, 160)., fut alors envoyé en Égypte à la tête d’une nombreuse armée ; il arriva par terre, vainquit dans un combat les Égyptiens et leurs alliés, chassa les Grecs de Memphis et finit par les enfermer dans l’île de ProsopitèsDans le Delta.. Après les y avoir assiégés dix-huit mois, il dessécha le lit du fleuve en détournant les eaux, mit les vaisseaux à sec et joignit la plus grande partie de l’île au continent ; il y passa alors à pied et s’en empara.
 
CX. Ainsi furent ruinées les affaires des Grecs, après six ans de guerre. De cette nombreuse année, bien peu d’hommes purent se sauver à Cyrène, en traversant la Libye. La plupart périrent. L’Égypte rentra sous la do- mination du roi, à l’exception du maraisPartie du Delta, comprise entre les bouches Bolbitique et Sébennitiquc. où régnait Amyrtée. Il échappa à toutes les poursuites, grâce à l’étendue du marais et au courage des habitants, les plus belliqueux des Egyptiens. Quant à Inarus, roi des Libyens, cause de tout ce trouble en Égypte, il fut pris par trahison et mis en croix. Cinquante trirèmes d’Athènes et des alliés, envoyées en Égypte pour relever les premières, abordèrent à l’embouchure du Nil nommée Mendésienne, sans rien savoir de ce qui s’était passé. Un corps d’infanterie les attaqua par terre, et la flotte phénicienne par la mer ; la plupart des vaisseaux furent détruits ; très peu parvinrent à s’échapper. Ainsi se termina cette grande expédition des Athéniens et de leurs alliés en Égypte457 av. J.-C. – Le récit de Diodore (xi, 77) est tout different. Les Athéniens, abandonnés par les Égyptiens leurs alliés, ne perdirent cependant pas courage ; ils brûlèrent leurs vaisseaux, et s’engagèrent mutuellement à se défendre jusqu’à la dernière extrémité ; aussi les Perses, voyant qu’ils ne pourraient les vaincre sans une perte considérable, leur accordèrent une capitulation, aux termes de laquelle ils quittèrent l’Égypte et se rendirent à Cyrène, où ils s’embarquèrent pour Athènes..
 
CXI. Oreste, fils d’Échécratidès, roi des Thessaliens, chassé du trône, persuada aux Athéniens de l’y rétablir. Ils prirent avec eux les Béotiens et les Phocéens, leurs alliés, et marchèrent contre Pharsale, en Thessalie ; mais, contenus par la cavalerie thessalienne, ils ne furent jamais maîtres que du terrain qu’ils occupaient, sans pouvoir s’éloigner de leur camp. N’ayant pu ni prendre la ville, ni réaliser en rien l’objet de leur expédition, ils s'en retournèrent sans avoir rien fait et ramenèrent Oreste avec euxDiodore (xi, 83) raconte les mêmes événements, et ajoute que le principal motif des Athéniens était de se venger de la trahison des Thessaliens à Tanagre..
 
Peu de temps après, mille Athéniens s’embarquèrent à Pèges, place en leur pouvoir, et longèrent la côte jusqu’à Sicyone, sous le commandement de Périclès, fils de Xanthippe. Ils firent une descente et battirent ceux des Sicyoniens qui en vinrent aux mains avec euxPlutarque (Péricl.) raconte ces faits avec beaucoup plus de détails. C’est à Némée, assez avant dans les terres, que Périclès alla attaquer les Sicyoniens ; il les battit et éleva un trophée. ; aussitôt après ils s’adjoignirent les Achéens et traversèrent le golfe pour aller, sur la côte opposée, attaquer oeniadesSur le fleuve Achéloüs., en Acarnanie. Mais, après un siége inutile, ils renoncèrent à cette entreprise et retournèrent chez eux.
 
CXII. Trois ans après ces événements450 av. J.-C., une trêve de cinq ans fut conclue entre les Péloponnésiens et les Athéniens. Ceux-ci, en paix dès lors avec la Grèce, envoyèrent contre Cyprc deux cents vaisseaux, tant d’Athènes que des alliés, sous le commandement de Cimon. Soixante vaisseaux furent détachés de cette flotte vers l’Égypte, à la demande d’Amyrtée, ce roi du marais dont j’ai parlé. Les autres assiégèrent Cilium. Mais Cimon mourut ; la famine survint ; ils levèrent le siége de Citium et repartirentLe récit de Diodore est tout à fait différent. (Voy. xii, 4.) Les Athéniens se seraient emparés de Cypre et seraient revenus vainqueurs après la mort de Cimon.. En passant au-dessus de Salamine, en Cypre, ils rencontrèrent les Phéniciens et les Ciliciens, les combattirent en même temps sur terre et sur mer et remportèrent une double victoire. Après ce succès, ils rentrèrent au port. Les autres vaisseaux partis en même temps et détachés vers l’Égypte rentrèrent également.
 
Les Lacédémoniens firent ensuite448 av. J.-C. l’expédition qui a reçu le nom de Guerre sacrée ; ils s’emparèrent du temple, de Delphes et le remirent aux Delphiens ; mais, après leur départ, les Athéniens l’attaquèrent à leur tour, s’en rendirent maîtres, et le confièrent aux Phocéens.
 
CXIII. Quelque temps après eut lieu l’expédition des Athéniens en Béotie. Les exilés béotiens occupaient Orchomène, Chéronée et quelques autres places de la Béotie. Les Athéniens, fatigués de l'hostilité de ces villes, envoyèrent contre elles mille de leurs hoplites et les contingents de chacun des alliés, sous le commandement de Tolmidès, fils de Tolmæus. Ils prirent Chéronée, réduisirent les habitants en servitude, et se retirèrent après y avoir mis garnison. Mais en traver- sant le territoire de Coronée ils furent assaillis par les exilés béotiens d’OrchomèneSous la conduite de Sparton (Plut. Agésil.). Ce combat fut livré 447 av. J.-C. assistés des Locriens, des fugitifs de l’Eubée et de tous ceux qui avaient contre eux les mêmes griefs. Ceux-ci furent vainqueurs, tuèrent une partie des Athéniens et firent les autres prisonniers. Les Athéniens durent abandonner par un traité la Béotie tout entière, à la condition qu’on leur rendrait leurs prisonniers. Les exilés béotiens et tous les autres rentrèrent et recouvrèrent leur indépendance.
 
CXIV. Peu après, l’Eubée se détacha des AthéniensL’an 446 (3e année de la LXXXIIIe olymp. suivant Diodore).. Déjà Périclès y était passé avec une armée athénienne, lorsqu'on lui annonça que Mégare venait de faire défection , que les Péloponnésiens allaient envahir l’Attique, et que les Mégariens avaient massacré la garnison athénienne, à part ce qui avait pu se réfugier à Nisée. En même temps les Mégariens avaient appelé à leur secours les Corinthiens, les Sicyoniens et les Épidauriens. Périclès ramena en toute hâte son armée de l’Eubée. Néanmoins les Péloponnésiens envahirent l’Attique, sous le commandement de Plistoanax, fils de Pausanias, roi des Lacédémoniens, et s’avancèrent jusqu’à Éleusis et à la plaine de ThriaOn suppose que cette plaine était située entre Éleusis, Éleuthère et Acharné., qu’ils ravagèrent. Ils s’arrê- tèrent là et rentrèrent chez euxFlutarque (Péricl.) dit que Périclès corrompit Plistoanax et Cléandridas son conseiller, et acheta la retraite des Péloponnésiens.. Les Athéniens alors repassèrent en Eubée , sous la conduite de Périclès, et la soumirent tout entière. Ils admirent tous les habitants à composition, excepté ceux d’Hestiée, qu’ils chassèrent, et dont ils occupèrent eux-mêmes le pays.
 
CXV. Peu après leur retour d’Eubée ils firent avec les Lacédémoniens et leurs alliés une trêve de trente ans445 av. J.-C. Une colonne avait été élevée à Olympie, devant la statue de Jupiter, et on y avait inscrit les conditions de la trève. et rendirent Nisée, Pèges, Trézène et l’Achaïe ; c’était tout ce qu’ils avaient conquis sur les Péloponnésiens.
 
Six ans plus tard la guerre éclata entre les Samiens et les Milésiens, au sujet de Priène A propos de la délimitation des frontières, sur les rives du Méandre. Les Athéniens commencèrent par se poser en arbitres du différend, et, sur le refus des Samiens d’accepter l’arbitrage, ils marchèrent contre eux (Plut. Péricl.).. Les Milésiens, ayant eu le dessous, vinrent à Athènes récriminer contre les Samiens. Ils avaient pris avec eux quelques particuliers de Samos qui aspiraient à changer la forme du gouvernement. Les Athéniens mirent à la voile pour Samos, avec quarante vaisseaux, et y établirent la démocratie ; ils prirent en otages cinquante enfants samiens et autant d’hommes faits, qu’ils déposèrent à Lemnos ; puis ils mirent garnison dans l’ile et se retirèrent.
 
Cependant quelques-uns des Samiens qui avaient quitté l’ile pour se réfugier sur le continent se liguèrent avec les plus puissants de ceux qui étaient restés dans la ville, et avec Pissythnès, fils d’Hystaspe, alors gouverneur de Sardes. Ils réunirent sept cents hommes de troupes auxiliaires et passèrent de nuit à Samos. D’abord ils se portèrent contre les chefs du parti populaire, qu’ils saisirent pour la plupart. Ils allèrent ensuite enlever furtivement leurs otages de Lemnos, rompirent avec Athènes, livrèrent à Pissythnès la garnison athénienne , ainsi que les chefs qui étaient entre leurs mains, et se disposèrent aussitôt à attaquer Milet. Les Byzantins entrèrent aussi dans leur défection.
 
CXVI. A cette nouvelle, les Athéniens firent voile pour Samos avec soixante vaisseaux. Seize de ces bâtiments ne prirent point part aux opérations, ayant été détachés les uns sur les côtes de Carie pour observer la flotte phénicienne, les autres à Chio et à Lesbos pour demander des secours. Ce fut donc avec quarantequatre vaisseaux que les Athéniens, commandés par Périclès et neuf autres générauxUn grand nombre d’auteurs anciens mettent Sophocle, le poëte tragique, au nombre de ces neuf généraux. attaquèrent, près de l’ile de TragiePetite île, près de Samos. soixante-dix vaisseaux samiens, dont vingt portaient des soldats. Cette flotte revenait alors de Milet. Les Athéniens furent victorieux ; plus tard, renforcés par quarante vaisseaux d’Athènes et par vingt-cinq de Chio et de Lesbos, ils descendirent à terre, furent encore vainqueurs et investirent la ville sur trois côtés au moyen d’une contre-enceinte ; le quatrième était fermé par leur flotte. Périclès prit alors soixante vaisseaux qui faisaient le siége, et, sur l’avis que la flotte phénicienne s’avançait, il se porta rapidement vers CannesCannes était au sud de la Carie, en face de Rhodes. et la Carie. Car déjà Stésagoras et d’autres Samiens étaient parvenus à sor- tir, avec cinq vaisseaux, pour aller à la rencontre des PhéniciensLes Phéniciens, sujets du roi de Perse, combattent ici pour son compte..
 
CXVII. Pendant ce temps les Samiens, étant sortis du port à l’improviste, tombèrent sur le mouillage ennemi, que rien ne protégeait, détruisirent les bàtiments d’avant-garde, battirent les vaisseaux qui vinrent à leur rencontre et restèrent, quatorze jours durant, maîtres de la mer qui baigne SamosLes Samiens étaient commandés, dans cette action, par le philosophe Mélissus (Plut. Péricl.).. Ils en pro- fitèrent pour faire entrer et sortir tout ce qu’ils voulurent. Mais, au retour de Périclès, ils se virent de nouveau bloqués par la flotte. Il arriva ensuite d’Athènes quarante vaisseaux de renfort sous le commandement de ThucydideThucydide, fils de Mélésias d’Alopèce, n’est pas le même que notre historien ; c’est l’adversaire de Périclès, cité par Plutarque, le chef de l’aristocratie. d’Agnon et de Phormion ; vingt aux ordres de Tleptolème et d’Anticlès ; enfin trente de Chio et de Lesbos. Les Samiens tentèrent un combat de mer, mais ils ne tinrent pas longtemps ; réduits bientôt à l'impossibilité de résister, ils capitulèrent après neuf mois de siége et se soumirent aux conditions suivantes : ils rasèrent leurs murailles, livrèrent des otages et leurs vaisseaux, et s’engagèrent à payer, à des échéances déterminées, les frais de la guerreDeux cents talents, suivant Diodore (xii, 28.). Les Byzantins se soumirent également et redevinrent, comme auparavant, sujets d’Athènes.

nav.navigate

nav.identity

common.settings

common.language
TR EN
common.theme