Quelle que soit, à cet égard, l’opinion qu'on préfère, il est constant que Thucydide passa vingt années loin de son pays natal. Ce-pendant, pour lui comme pour tant d’autres illustres victimes des vicissitudes politiques, l’exil servit la cause de la postérité, en faisant tourner à l’éternel honneur de l’intelligence humaine les admirables facultés qu’il eût peut-être dépensées dans les luttes du moment.
Lors même que ses biographes ne l’affirmeraient pas d’une manière positive, on présumerait sans peine que Thucydide passa la majeure partie de son exil dans son domaine de Scapté-Hylé, où il trouvait le calme indispensable à l’exécution du grand ouvrage qu’il avait conçu. Peut-être cet éloignement prolongé du centre des événements con-tribua-t-il à augmenter en lui cette sérénité impartiale avec laquelle il les a jugés. Dans cette retraite opulente, il recueillait les documents alors si difficiles à. se procurer; il interrogeait les témoins oculaires, et se livrait à ce travail opiniâtre de rédaction dont, plus qu’aucun autre, son livre porte les traces. Longtemps après la mort de Thucydide, la tradition populaire montrait, dans les environs de Scapté-Hylé, un platane vénérable, à l’ombre duquel il aimait à composer.
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