« Au surplus, n’allez pas me faire un crime de ce que, renommé jadis pour mon attachement à ma patrie, je me joins maintenant contre elle à ses ennemis déclarés, ou ne voir dans mon langage que des rancunes d’exilé. Je fuis, il est vrai, la perversité de mes proscripteurs , mais non pas l'occasion de vous servir par mes conseils, si vous voulez les suivre. Ma haine la plus profonde n’est pas pour les hommes qui cherchent à nuire à leurs ennemis ; elle est pour ceux qui forcent leurs amis à leur devenir hostiles. Je fais consister mon patriotisme, non pas à supporter patiemment les injures, mais à ne pas varier dans mes convictions. Aussi n’est-ce pas contre une patrie que je crois marcher aujourd’hui; j’estime bien plutôt reconquérir celle que j’ai perdue. Le vrai patriote n’est pas celui qui n’entreprend rien contre la patrie qu'on lui a injustement ravie; c’est l’homme qui, par amour pour elle, cherche tous les moyens de la recouvrer.
« Je vous invite donc, Lacédémoniens, à m’employer sans crainte, soit dans les fatigues, soit dans les dangers , vous sou· venant d’une vérité qui est passée en proverbe : c’est que, si en qualité d’ennemi je vous ai fait bien du mal, je peux en qualité d'ami vous rendre non moins de services ; car je connais par expérience les affaires des Athéniens , et je crois me faire une juste idée des vôtres.