XCVIII. Les Méliens. « Mais croyez-vous que l’autre politiqueCelle qui respecterait l’indépendance des peuples neutres. ne contribuerait pas plus à votre sécurité? — Car il faut bien que nous partions de làC’cst-à dire de votre intérêt, de votre sécurité., puisque vous nous jetez en dehors des principes de justice, pour nous amener à vous suivre sur le terrain de votre intérêt; il faut que, nous aussi, si notre intérêt se trouve d’accord avec le vôtre, nous nous efforcions de vous le démontrer. — Comment sera-t-il donc possible que vous n’ayez pas pour ennemis tous les peuples neutres aujourd’hui, lorsque, tournant Jes yeux vers nous, ils penseront qu’un jour viendra où vous les attaquerez aussi à leur tour? Que faites-vous autre chose par là que de grandir vos ennemis actuels, et de tourner contre vous, en dépit d’eux-mêmes, ceux qui n’avaient aucune intention hostile?
XCIX. Les Athéniens. « Nullement! car ceux dont nous croyons avoir le plus à craindre ne sont pas les peuples continentaux, qui, forts de leur indépendance, tarderont longtemps à se mettre en garde contre nous; — ce sont, au contraire, les insulaires insoumis comme vous, et ceux qui, déjà domptés, sont aigris contre la nécessité qui les tient asservis; car ceux-là, n’obéissant d’ordinaire qu’à un fol emportement, sont toujours prêts à se précipiter dans des dangers évidents, et à nous y entraîner avec eux.