Du reste ce n’est pas dans Thucydide qu’il faut chercher l’exposition complète d’un système politique. Il évite avec soin tout ce qui ressemble au dogmatisme, aux formules générales et sentencieuses, à ce que nous appellerions des professions de foi; il veut que du simple énoncé des faits naisse la déduction des théories; en un mot, il aspire à instruire sans avoir l’air d’enseigner. Il n’est guère plus explicite sur les circonstances de sa vie active. S’il parle de lui, c’est lorsqu’il ne peut s’en dispenser ou qu’il y voit un moyen d’inspirer plus de confiance à ses lecteurs. Ainsi (Liv. II, chap. xlviii), à l’occasion . de la peste qui sévit à Athènes dans la deuxième année de la guerre, il nous apprend qu’il fut atteint lui-même, qu’il vit souffrir d’autres personnes, et put ainsi étudier de près la marche du fléau.
10
Dans la huitième année de la guerre (424 av. J. C.), Thucydide fut nommé l’un des dix généraux d’Athènes et envoyé sur le littoral de la Thrace avec une escadre de sept vaisseaux. Il se trouvait dans le port de Thasos, lprsque Amphipolis, colonie athénienne, fut attaquée à l’improviste par le Spartiate Brasidas. Thucydide, mandé par son collègue Euclès, accourut avec toute la célérité possible; mais il ne put prévenir la reddition de la place et se contenta de conserver aux Athéniens la ville maritime d’Êion (Liv. IV, chap. civ-cvn).