« Si quelqu’un a pu croire plus prudent de ne pas agir, qu’il se détrompe. Les règles de la prudence ne sont pas les mêmes pour des gens à qui l’on dispute leur territoire, ou pour un peuple qui, maître du sien, attaque sans provocation et par esprit de conquête. Nos pères nous ont appris, en cas digression étrangère, à combattre indifféremment sur notre sol ou sur celui d'autrui.
« Cela est surtout nécessaire à l’égard des Athéniens, dont le pays touche le nôtre. Entre nations limitrophes, l’équilibre des forces maintient seul la liberté. Et comment ne pas lutter à outrance contre des hommes qui prennent à tâche d’asservir tous ceux qu’ils peuvent atteindre de près ou de loin ? Que leur conduite envers nos voisins de l’Eubée et envers la plupart des Grecs nous serve de leçon. Communément c’est pour des limites territoriales que s’élèvent les guerres entre peuples voisins; mais pour nous, si nous succombons, il n’y aura plus dans tout notre pays une seule limite solidement plantée. Une fois chez nous, ils nous dépouilleront violemment: tant il est vrai que leur voisinage est pour nous le pire de tous.