On a également contesté une autre assertion de Marcellinus, d’après laquelle Thucydide aurait étudié la philosophie sous Anaxagoras et l’éloquence sous Antiphon. En soi, le fait n’a rien d’improbable. Ces deux hommes éminents furent les contemporains et les aînés de Thucydide, et ils eurent trop d’ascendant sur la jeunesse athénienne pour qu’un esprit aussi investigateur que le sien ait pu ignorer leurs doctrines ou échapper à leur action; d’un autre côté l’opinion qui place Thucydide à leur école peut très-bien s’ètre formée après coup, et n’être qu’une simple induction tirée de la lecture de son histoire. Thucydide ne cite nulle part Anaxagoras; mais, dans ses explications des phénomènes de la nature, il manifeste une telle indépendance de jugement, un si grand éloignement des préjugés populaires, qu’on est porté à voir en lui un disciple du phÛosophe spiritualiste, dont la pensée s’éleva avec tant de hardiesse au-dessus des vieilles superstitions. Pour ce qui est d’Antiphon, il n’est pas impossible qu’on l’ait donné pour maître à Thucydide uniquement à cause du magnifique éloge que celui-ci fait de cet orateur. Tout bien considéré, nous sommes donc réduits aux conjectures sur la manière dont Thucydide passa les meilleures années de sa jeunesse ; mais ce qui est hors de contestation, c’est que ces années coïncidèrent avec l’époque la plus brillante de l’histoire d’Athènes. Alors sous la conduite de Cimon, cette ville établissait au dehors son empire; puis sous l’administration royale de Périclès, elle acquérait ce merveilleux développement intérieur qui lui a valu l’admiration des siècles. Assurément, on ne saurait imaginer un milieu plus favorable à l’éclosion d’un grand génie.