XLVII. « Voyez à quelle lourde faute vous entraînerait sous ce rapport l’avis de Cléon. Maintenant, dans toutes les villes, le peuple vous est favorable ; il ne s’associe pas à la révolte des chefs, ou, s’il y est forcé, il devient bientôt l’ennemi de ceux qui l’ont entraîné à la défection ; aussi, dans chaque ville ennemie, avezvous, en attaquant, le peuple pour allié. Mais si vous exterminez la population de Mytilène, qui n’a pas pris part à la défection, et qui, dès qu’elle a eu des armes, vous a livré spontanément la ville, vous commettrez premièrement une injustice, en tuant ceux qui ont été favorables à votre cause ; ensuite vous ferez pour l’aristocratie ce qu’elle désire le plus : dès qu’elle aura soulevé une ville, elle verra aussitôt le peuple prendre parti pour elle, du moment où vous aurez montré d’avance que la même peine attend les innocents et les coupables. Le peuple même fût-il coupable, il faudrait feindre de l’ignorer, afin de ne pas mettre contre nous la seule classe qui nous reste encore fidèle. En un mot, je crois qu’il est plus avantageux, pour le maintien de votre domination, de supporter volontairement une injustice que d’exterminer justement ceux que vous devez ménager. Il n’est pas possible que la justice et l’intérêt s’accordent, comme le prétend Cléon, à réclamer leur châtiment.