« Je me résumerai en un mot : en suivant mes conseils, vous ne ferez rien que de juste envers les Mytiléniens, et en même temps vous sauvegarderez vos intérêts. En agissant autrement, vous ne vous les attacherez pas, et vous prononcerez surtout contre vous- mêmes. Car si leur défection est légitime, votre domination ne saurait l’être ; et si, même contre le droit, vous croyez devoir conserver l’empire, il vous faut aussi, contrairement à la justice, mais dans votre intérêt, sévir contre eux. Sinon, renoncez à la domination, et, à l’abri des périls, livrez-vous à d’humbles vertus. Traitez-les comme ils vous eussent traités vousmêmes : échappés à leurs complots, ne montrez pas moins de vigueur que les conspirateurs ; songez enfin au traitement qu’ils vous réservaient vraisemblablement s’ils eussent été vainqueurs, surtout après avoir été les premiers à vous attaquer.
« On n’est jamais plus acharné et plus impitoyable qu’ envers ceux à qui on a nui sans raison, parce qu’on pressent ce qu’il y a de danger à laisser vivre de pareils ennemis ; car celui qui a été offensé sans motif est plus implacable, s’il échappe, qu’un ennemi ordinaire.