XXX. « Alcidas, et vous, Péloponnésiens, qui commandez l’armée avec moi, mon avis est de faire voile pour Mytilène, tels que nous sommes, et avant que notre arrivée soit connue. Car, vraisemblablement, des hommes qui viennent tout récemment de s’emparer d’une ville ne seront guère sur leurs gardes, et nous les surprendrons. Du côté de la mer surtout, ils n’auront pris aucune précaution, parce qu’ils ne s’attendent pas à voir arriver l’ennemi de ce côté ; et c’est là précisément qu’est notre force. Il est présumable aussi que leurs troupes de terre sont dispersées dans les maisons, avec l’incurie naturelle aux vainqueurs. Si donc nous tombons sur eux de nuit et à l’improviste, j’ai bon espoir qu’avec l’aide de ceux des habitants qui peuvent nous être restés favorables, nous nous saisirons de l’autorité. Ne nous laissons pas détourner par la crainte du danger, et songeons que c’est là, ou jamais, l’occasion d’une de ces surprises de guerre qui d’ordinaire assurent le succès au général qui, sachant s’en préserver lui-même, observe, attaque à propos, et y fait tomber l’ennemi. »