« La faute en est à vous, qui présidez mal aux débats ; à vous, qui vous posez en spectateurs des paroles et en auditeurs des actions. Vous jugez des éventualités futures d’après le dire des beaux parleurs. Pour les faits accomplis, vous en croyez moins vos yeux que vos oreilles, parce que vous êtes éblouis par le prestige de l’éloquence. Éternellement dupes de la nouveauté des discours, vous refusez de suivre une parole éprouvée. Esclaves de ce, qui est étrange, dédaigneux de ce qui est connu, vous aspirez tous au talent oratoire ; et, si vou§ ne pouvez y parvenir, vous prenez le contre-pied de ceux qui le possèdent, afin de n’ayoir pas l’air de vous mettre à la remorque d’une opinion, mais d’être les premiers à applaudir à une saillie. Prompts à courir au-devant des paroles, lents à prévoir les résultats ; cherchant je ne sais quel monde imaginaire, sans jamais vous inquiéter de la réalité ; en un mot, fascinés par le plaisir de Touïe, et plus semblables à des auditeurs de sophistes qu’à des citoyens délibérant sur les intérêts de l’État.