En lisant Xénophon ou Platon, l’esprit est guidé par l’arrangement grammatical ; les mots ont d’ailleurs un sens assez large pour que, sans approfondir et en se contentant d’une sorte d’à peu près, on suive assez bien, comme par intuition, la pensée de l’auteur. Rien de pareil avec Thucydide : il met dans chaque mot tout ce qu’il peut contenir, et serre l’expression comme la pensée : dès lors rien d’inutile ; aucun de ces mots vagues, dont le sens peut s’étendre ou se resserrer à volonté ; on risque toujours de dire trop peu en le traduisant. Chaque mot est une sentence, chaque phrase une démonstration. Simple, précis et suffisamment clair dans le récit ordinaire, il se résume, se condense encore, quand le sujet s’élève, dans les discours, les portraits ou les considérations générales ; alors les pensées, les images se pressent et s’accumulent à tel point, qu’il semble n’avoir que le temps de les noter en passant.