Si nous voulions descendre aux détails du récit, nous trouverions partout le même sens droit et exact de la vérité ; partout unité de vues, harmonie entre les parties : chaque fait concourt au but général, c’est-à-dire à ce grand enseignement qui doit sortir de la lutte de la démocratie et de l’aristocratie ; c’est là ce qui mesure l’importance des événements et des hommes, et leur assigne leur place. Si la peste d’Athènes est longuement décrite, c’est qu’elle contribua puissamment à l’affaiblissement de la puissance athénienne, et mit pour la première fois en lumière les passions effrénées, l’incrédulité et l’égoïsme dont la Grèce offrit, pendant vingt-sept ans, le désolant tableau. Si Cléon et Alcibiade occupent une large place dans le récit, c’est que l’un et l’autre personnifient les deux vices opposés de la démocratie antique : la force ignorante et brutale du peuple, la légèreté présomptueuse des grands. Si le siége de Sphaetérie, événement de peu d’importance par lui-même, est minutieusement raconté, c’est qu’il eut en définitive une haute portée par la défiance qu’il inspira aux Lacédémoniens. Tous les reproches qu’on a légèrement adressés à Thucydide, sur la prédominance de certains récits et le défaut de proportion, tombent de même du moment où l’on apprécie les événements, non pas isolément, mais en les subordonnant au plan général.